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Économie

Gare à la « Trumperie »

De la signature du traité de Rome en 1957, qui fit naître une CEE de six membres, à la vaste union que l’on connaît aujourd’hui, une puissante vague de libéralisation des marchés a dominé le monde. De nombreux traités de libre-échange bilatéraux et multilatéraux ont été signés ; d’autres, très importants, sont en voie de l’être. Du Mercosur, à l’ALENA, des deux côtes du Pacifique en passant par l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural, ce dont rêvait le général de Gaulle, le titre prophétique du célèbre ouvrage américain Flat Earth Society s’est presque réalisé.

De la signature du traité de Rome en 1957, qui fit naître une CEE de six membres, à la vaste union que l’on connaît aujourd’hui, une puissante vague de libéralisation des marchés a dominé le monde. De nombreux traités de libre-échange bilatéraux et multilatéraux ont été signés ; d’autres, très importants, sont en voie de l’être. Du Mercosur, à l’ALENA, des deux côtes du Pacifique en passant par l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural, ce dont rêvait le général de Gaulle, le titre prophétique du célèbre ouvrage américain Flat Earth Society s’est presque réalisé. Et ce n’est pas fini : songeons aux avancées Canada – Union européenne, et États-Unis – Europe.

La théorie centenaire d’Adam Smith et de Ricardo, qui bénéficierait certes d’un rajeunissement, a fini par s’imposer sous la forme d’une pratique planétaire. Or, non seulement les promoteurs de cette mondialisation galopante ne l’ont pas toujours bien expliquée aux populations, mais ils ont souvent omis de veiller à ce qu’elle ne tourne pas à l’anarchie socioéconomique et environnementale. Cette négligence, il fallait s’y attendre, a fait naître un populisme méfiant dont le Brexit est un exemple frappant. Mais il y a pire encore : dans la première puissance du monde, plongée dans une campagne présidentielle aussi spectaculaire que triste, un protectionnisme grossier semble connaître un certain succès, voire un triomphe ! La France n’y échappe pas non plus, avec son obsession du « made in France » et la montée du Front national.

Brian Mulroney a ouvert nos frontières avec les Américains, ce qu’il n’aurait d’ailleurs pu faire sans l’appui massif du Québec – et je me dois ici de rappeler en toute humilité ma contribution à cet égard, notamment sous la forme de nombreuses conférences favorables prodiguées pendant deux années. Se pourrait-il que cette ouverture soit menacée par une dérive rétrograde chez notre grand voisin ? N’oublions pas que l’Ontario était alors massivement contre, tout autant que le soi-disant socialiste progressiste Pierre Elliot Trudeau. Pour la province voisine, cette situation est compréhensible : avec le Pacte de l’auto les Ontariens jouissaient déjà du libre-échange pour leur principale exportation, l’automobile, dont leur économie est encore largement dépendante. Sa population, de par son puissant héritage britannique, était visiblement soudée à la préférence impériale et à la « National Policy » de John A. McDonald, qui faisait du Canada un protectionniste obsessionnel.

Quant au Québec, le bon sens le poussait au contraire vers l’ouverture. Ce n’était pas la relation Est-Ouest qui devait dominer, mais celle avec son voisin du Sud d’abord, et avec le monde ensuite. Ce bon sens est tout à notre honneur. C’était dans nos gènes : Wilfrid Laurier, déjà en 1911, préconisait le libre-échange avec les États-Unis. Hélas, il perdit les élections. Autrement, nous aurions été beaucoup plus riches, et bien plus tôt. Telle est l’histoire du Canada…

Pour notre Québec, dont l’économie s’est hautement modernisée en moins d’un demi-siècle grâce à son spectaculaire virage technologique et qui exporte maintenant la moitié de ce qu’il produit aux États-Unis, il est clair que l’élection de Donald Trump et le repli américain qui s’ensuivrait ne pourraient être qu’un désastre, tout autant pour les « Latinos del Norte » comme pour ceux du Sud, d’ailleurs, contre qui Trump veut même ériger un mur physique, et à leurs frais de surcroît ! C’est l’ALENA au complet qu’il a dans sa mire rétrograde.

Il faut donc espérer que ce tribun démagogue n’accédera jamais à la Maison-Blanche. Le brio d’Obama ne peut être remplacé par l’obscurantisme de Trump. Et une malheureuse pneumonie ne fera pas, espérons-le, basculer le destin continental et mondial !

L’admiration de Trump pour Vladimir Poutine et autres absurdes penchants d’envergure mondiale seraient loin de ne toucher que les États-Unis ; avec leur poids de première puissance, c’est la terre entière qui serait à risque, comme récemment sous George W. Bush, dont nous subissons encore aujourd’hui les retombées du coup porté à la stabilité du monde. Tony Blair, qui, à son grand regret aujourd’hui, a adhéré à cette sinistre mouvance, a vu sa réputation gravement entachée. Où étaient-elles, ces « armes de destruction massive » ? Qui les a inventées ? Ce désastreux choix américano-britannique aurait dû guérir les Américains et tous les autres de ces dérives rétrogrades.

L’élection de Donald Trump serait non seulement une réédition de la fin des trente glorieuses, mais pourrait donner le signal de « trente malheureuses ». On ne peut prétendre être le « gendarme de la planète » et se comporter comme un voyou illettré !

Certes, l’histoire humaine a connu de terribles tragédies, mais nous nous en sommes généralement assez bien sortis grâce à la coopération intensive, la liberté, le respect mutuel. À l’inverse de tout ce qu’incarne l’éventuel successeur de Barack Obama.

La Société des Nations, ancêtre de l’ONU, a été fondée pour établir une paix durable. Elle fut largement un échec, comme devaient le prouver les décennies suivantes. Ne pourrions-nous pas faire lire à Trump quelques simples manuels d’histoire du niveau secondaire ? Le pays d’une formidable capitale intellectuelle comme Boston ne pourrait-il pas s’acquitter d’une tâche aussi élémentaire en souhaitant que le message se rende à l’électorat et rehausse le niveau de réflexion de la prochaine présidentielle ?

On dit souvent, et je le crois, que les États-Unis sont le pays du meilleur et du pire et que sa démocratie, malgré ses côtés abscons, fonctionne depuis longtemps et encore bien mieux que beaucoup d’autres.

Quand on recense le nombre d’intellectuels qu’ils concentrent dans les meilleures universités du monde aux budgets mirobolants comparés aux nôtres, quand on voit l’importance de leur presse et sa liberté traditionnelle, on ne peut pas penser que le chef de cette grande démocratie pourrait être aussi à l’opposé de l’image de Harvard, de Columbia et du MIT. Cette campagne à l’investiture est aussi surprenante que désolante. Les Américains ne méritent pas cela et leurs amis seraient désolés pour eux.

Pour le bien de toute la planète : « God Bless America ! »

Le spectacle a eu lieu, les sondages disent qu’il ne tournera pas à la tragédie. Les démocrates du monde doivent s’en réjouir, mais aussi en tirer des leçons.

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