International

Répartir la richesse

L’indépendance des nations capables d’assumer cette responsabilité est devenue avec les années une règle universelle et pratiquement incontournable. À leur fondation, après la Deuxième Guerre mondiale, les Nations unies regroupaient environ 50 membres. Ce chiffre a quadruplé par la suite, et aujourd’hui, il ne reste que quelques candidats potentiels pour les sièges encore libres. Au Canada, nous sommes particulièrement bien placés pour le savoir !

L’indépendance des nations capables d’assumer cette responsabilité est devenue avec les années une règle universelle et pratiquement incontournable. À leur fondation, après la Deuxième Guerre mondiale, les Nations unies regroupaient environ 50 membres. Ce chiffre a quadruplé par la suite, et aujourd’hui, il ne reste que quelques candidats potentiels pour les sièges encore libres. Au Canada, nous sommes particulièrement bien placés pour le savoir !

C’est au premier chef un vaste mouvement de décolonisation qui, notamment en Afrique, que ce soit à l’issue de guerres ou de négociations, a engendré un grand nombre d’États libres jouissant de tous leurs pouvoirs, y compris en matière internationale. Quelques décennies plus tard, l’implosion de l’Union soviétique et sa rupture avec ses satellites en ont fait grossir les rangs, de même que l’arrivée des pays baltes et des nouveaux pays des Balkans. L’Assemblée générale de cette grande institution sise à New York, sur les bords de l’East River, compte aujourd’hui près de deux cents membres.

Paradoxalement, tandis que toutes ces nations accédaient à la maîtrise de leur destin, s’accentuait un mouvement universel extrêmement puissant : la mondialisation, entraînant la généralisation de la libre circulation des biens, des services et des capitaux ainsi que, de façon croissante, des personnes.

Cette inexorable mondialisation a eu, on ne peut le nier, une série de retombées positives, mais aussi des effets négatifs. Aux débuts de ce grand mouvement, on a évoqué une conspiration des pays riches pour appauvrir encore plus les pays dits « du tiers-monde », que l’on qualifiait à l’époque de « sous-développés ». Non sans surprise, c’est le contraire qui s’est produit. Jusqu’à ces tout derniers temps, plusieurs pays, en Asie particulièrement, ont connu une croissance économique sans précédent. La richesse mondiale s’est répartie beaucoup plus également après la Deuxième Guerre mondiale, déclencheur imprévu de la mondialisation, qu’avant cette catastrophe. Il arrive que de l’horreur puisse naître quelque chose de positif. En Occident, en particulier, nous avons connu les « trente glorieuses » comme conséquence économique positive de l’horrible intermède.

En même temps survient l’incroyable « bond en avant », cette fois réel, qui propulse la Chine avec 10 p. cent de croissance annuelle pendant 10 ans, fait sans précédent dans l’histoire humaine. Ce mouvement a certes ralenti aujourd’hui, mais la croissance chinoise demeure beaucoup plus élevée que celle de l’Occident, plombée depuis une crise américaine engendrée essentiellement par la non-répartition de la richesse.

Soyons réalistes : il est clair que si la mondialisation a contribué à enrichir des pays extrêmement pauvres, elle est loin d’avoir réglé la question de la répartition de la richesse entre les individus.

La Chine rurale ne traite pas, loin de là, ses habitants de la même façon que ses citoyens de Shanghai ou de Hong Kong. Mais admettons au moins que si ce pays dispose d’une richesse à répartir, la justice sociale pour sa population demeure un espoir, qui semble d’ailleurs en voie de se réaliser.

Après ces constatations positives, jetons un regard sur les inconvénients de la mondialisation, qui sont nombreux et non négligeables. En premier lieu, les possibilités scandaleuses d’exploitation sociale qui permettent de vendre à bas prix aux pays riches des marchandises produites dans des conditions proches de l’esclavage, tout en faisant perdre de façon déloyale des emplois dans des pays qui traitent bien leur main-d’œuvre. Joseph Eugene Stiglitz, qui n’a pas reçu le prix Nobel pour rien, a mis en lumière l’intolérable en prônant une véritable réciprocité juste et équitable. En plus des ravages sociaux, tout un chacun sait maintenant que les dommages écologiques d’une mondialisation anarchique mettent en cause la survie même de l’espèce humaine. Comme l’a dit Ban Ki-moon : « Il n’y a pas de plan B, parce qu’il n’y a pas de planète B. ». La Conférence de Paris a fait naître un immense espoir. On s’interroge encore sur ses effets concrets, mais un grand pas a été franchi, qui n’est pas sans rappeler celui du célèbre rapport Brundtland d’il y a quelques années.

Certes, on peut donc et l’on doit favoriser la liberté, mais il faut se méfier de ses excès, qui mènent à l’anarchie. Comment réguler la mondialisation ? Par l’action internationale, cela va de soi, et donc par l’intermédiaire de ce que l’on appelle le « concert des nations », auxquelles la liberté acquise ne doit pas permettre toutes les infamies. Voilà le grand défi. Chaque nation gère son destin, et elle seule peut promulguer des lois contraignantes qui s’appliqueront à son territoire. Il est donc nécessaire que les nations, au-delà de leur sacro-sainte liberté, s’harmonisent au moyen d’ententes régionales ou planétaires applicables en pratique, ce que les organisations internationales, même si d’indéniables progrès ont été accomplis, peinent à faire à ce jour.

Les Anglais, qui avaient rejoint avec beaucoup de retard l’Union européenne, menacent de la quitter, risquant d’ébranler un des plus beaux exemples de coopération internationale de l’histoire humaine. Ce néfaste projet britannique, dont on espère qu’il échouera – Obama s’est d’ailleurs courageusement joint au concert en faveur de l’harmonie et de la sagesse –, illustre bien que si les indépendances sont essentielles, elles doivent pouvoir être sujettes à des compromis afin que cette liberté ne serve pas, ultimement, des formes d’anarchie.

C’est ainsi que l’on pourra concilier ces nobles et nécessaires indépendances avec un bonheur des nations qui ne serve pas des fins néfastes.

La République indépendante de Panama, dont le canal fut longtemps très utile à l’économie mondiale, a récemment, en toute légalité, mis à profit sa liberté nationale pour permettre un type de passages beaucoup moins utiles au bien-être de l’humanité. La technologie moderne a permis d’étaler ces opérations non éthiques. Étant donné que la guerre aux paradis fiscaux était déjà engagée avec un certain succès, comme en témoignent la Suisse et le Luxembourg, le scandale des Panama Papers, qui démontre que la liberté des États ne doit pas avoir pour effet de nuire à d’autres, permettra sans doute d’accélérer le pas et de vaincre ce pernicieux phénomène aussi bien socialement que sur le plan économique.

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.