International

Beau temps pour les pirates

Gil Rémillard, Président-éditeur Magazine FORCES

2011 a été parmi les 10 années les plus chaudes depuis que l’on a commencé à compiler les données climatiques en 1865. Et elle n’est pas terminée…! Il en est de même, tant sur le plan politique qu’économique. Du printemps arabe à la crise de l’euro, en passant par celle de la dette souveraine et la décote des États-Unis d’Amérique, 2011 aura été une année de transition difficile.

2011 a été parmi les 10 années les plus chaudes depuis que l’on a commencé à compiler les données climatiques en 1865. Et elle n’est pas terminée…! Il en est de même, tant sur le plan politique qu’économique. Du printemps arabe à la crise de l’euro, en passant par celle de la dette souveraine et la décote des États-Unis d’Amérique, 2011 aura été une année de transition difficile.

Les difficultés de concertation entre, du côté européen, la France et l’Allemagne, et, du côté des États-Unis, les démocrates et les républicains, ont fait apparaître le spectre d’une nouvelle récession. Malgré le récent ralliement des banques centrales de tous les continents pour venir au secours de la zone euro et les marchés qui semblent reprendre confiance entre deux mouvements de spéculation, le problème demeure et, comme le fait remarquer le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, l’incertitude entourant les perspectives d’évolution de l’économie internationale s’est accrue, depuis septembre dernier, ce qui l’amène à garder les taux d’intérêts bas. L’absence d’inflation nous donne pour le moment une bonne marge de manœuvre pour encourager la consommation.

Nous savons que, contrairement à la récession de 2008 où les pays émergents ont pu tirer leur épingle du jeu, cette fois-ci, nous sommes tous dans le même bateau. Leur marché interne n’est pas encore assez important pour garantir la continuation de leur développement, soit au moins 7% de croissance, surtout pour la Chine, nouveau moteur économique du monde.

Seuls les États-Unis ont un marché interne suffisant pour assurer par leurs seules activités économiques une mince progression de leur PNB. Le Canada en profite comme grand partenaire commercial, ce qui explique en partie nos bons résultats du dernier trimestre. Il y a parfois des avantages pour la souris canadienne à partager le lit de l’éléphant américain.

Il ne faut donc pas exagérer. Le bateau ne risque pas de couler. La coque est intacte. Il n’y aura pas en perspective un krach semblable à celui années 30 et, s’il y a récession du côté européen, elle sera probablement légère. Les entreprises font des profits et leurs réserves financières n’ont jamais été aussi confortables.

Le problème vient beaucoup plus de la « capitainerie », qui semble avoir perdu la carte en plein brouillard. Ce manque de leadership crée chez les passagers une dangereuse crise de confiance, en ces débuts de nouvelle année, où quelques-uns des principaux joueurs économiques du G20 seront en élections, incluant la France et les États-Unis.

Mais l’arrivée des banques centrales, venues sauver l’euro à minuit moins cinq, ne règle pas le problème des dettes souveraines, pas plus que celui de la tyrannie des marchés fondés sur de la spéculation en relation avec des agences de notation « sans foi ni loi ».

Dans Forces de l’automne 2010, Alain Juppé, alors chroniqueur et maintenant ministre des Affaires étrangères de France, soulignait que la bulle de la dette souveraine, qui est le résultat des dépenses extraordinaires faites par les états pour se sortir de cette crise difficile de 2008, pouvait faire peur. Contrairement à la crise du crédit de 2008, cette nouvelle crise ne nous prend pas par surprise.

Mais nous voilà avec des cataplasmes. La blessure est toujours là, et d’autant plus dangereuse, surtout pour les pays de l’Ouest, qui ne voient pas comment s’en sortir, coincés entre la nécessité de couper dans un budget qui éclate sous les dépenses d’une population vieillissante et les nécessaires stimuli pour soutenir une économie chancelante.

Nous sommes donc en réalité, en profonde transition, ce qui nous oblige à revoir nos façons de penser et de faire. Il nous faut innover. Il fallait être à Washington lors des réunions annuelles du FMI et de la Banque Mondiale en septembre dernier pour réaliser que tous les analystes qui participaient aux tables rondes ne pouvaient que constater le problème. Très bien pour le diagnostic. Mais quel remède faut-il utiliser ? Là, les réponses deviennent plus nébuleuses.

Cependant, tous sont d’accord pour dire qu’apporter de véritables solutions à cette crise de la dette souveraine nécessite:

  • Du leadership, en espérant que les élections qui auront lieu en 2012 nous l’apportent, avec de nouveaux présidents, entre autres aux États-Unis, en France, en Chine et possiblement en Allemagne;
  • Une solidarité internationale qui nous est dictée par la mondialisation des économies et les étroites dépendances qu’elle a créées entre les pays. Heureusement, le G20 est là pour permettre aux États de se coordonner et de travailler ensemble. L’OCDE en devient de plus en plus le « think tank » alors que le FMI confirme, par la force des choses, son rôle comme contrôleur financier international devant établir les cotes de crédit des gouvernements.

Tout un programme ! Voilà pourquoi nous risquons de vivre un climat économique difficile pour encore quelques années. Cependant, nous construisons le monde qui sera celui de plusieurs générations, comme ce fut le cas dans les années 40. Cette fois-ci, notre guerre est économique, mais elle n’est pas sans batailles. La première que nous devons livrer est celle contre ces pirates des marchés, qui masquent leurs bateaux en faux remorqueurs. Il est temps de les arraisonner, avant qu’ils ne contrôlent toutes les mers et nous laissent « indignés », à la dérive dans nos chaloupes de sauvetage.

Au mât hissons les voiles
Le ciel est pur et beau
Je vois briller l’étoile
Qui guide les matelots
(Chant traditionnel, Partons, la mer est belle)

Bonne lecture et bonne année !

Nous savons que, contrairement à la récession de 2008 où les pays émergents ont pu tirer leur épingle du jeu, cette fois-ci, nous sommes tous dans le même bateau.

Gil Rémillard, président-éditeur

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.