International
Économie

Pour éviter le naufrage…

La réunion du G20 à Mexico les 18 et 19 juin prochains sera la plus déterminante de sa courte existence. Il faudra, après la récente (et décevante) réunion du G8, qu’il s’en dégage un « leadership » susceptible de tirer l’Europe de cette crise économique qui contribue à mettre en difficulté l’économie mondiale.

La réunion du G20 à Mexico les 18 et 19 juin prochains sera la plus déterminante de sa courte existence. Il faudra, après la récente (et décevante) réunion du G8, qu’il s’en dégage un « leadership » susceptible de tirer l’Europe de cette crise économique qui contribue à mettre en difficulté l’économie mondiale.

Le commissaire européen, Michel Barnier, qui sera le conférencier d’ouverture du 18e Forum économique international des Amériques – Conférence de Montréal, le 11 juin prochain, dans une entrevue exclusive à FORCES, met bien en perspective le dilemme auquel sont confrontés nos dirigeants politiques coincés entre, d’une part, le besoin de réduire les dettes souveraines et, d’autre part, celui de soutenir la croissance. « Nous allons faire ce qu’il faut, dit-il, pour éviter la répétition d’une crise financière. Ensuite, nous pourrons travailler à la mise en place d’un fonds commun… » Et voilà tout le problème. Doit-on procéder en deux phases distinctes, soit d’abord rétablir l’équilibre budgétaire et, quelques années plus tard, rétablir les incitatifs à la croissance, ou tenter de faire les deux en même temps?

La question se pose dans le contexte difficile de la situation économique de la Grèce et de l’entrée en récession de plusieurs pays de l’Union européenne. Alors que l’Allemagne se pose en champion du respect budgétaire et refuse la création d’obligations européennes que la Banque centrale pourrait utiliser pour secourir les pays en difficulté, le nouveau président français, François Hollande, vient de se faire élire en promettant d’ajouter au récent Pacte européen d’austérité un volet de croissance. Deux visions qui s’affrontent donc de plein fouet.

Entre-temps, la Chine subit un ralentissement considérable de sa croissance, qui s’approche du seuil critique de 7 %, tout en traversant d’importants changements politiques que certains qualifient même de « seconde révolution ». Le sondage réalisé par la Fondation Asie Pacifique du Canada, que FORCES publie en exclusivité pour le Québec, est particulièrement intéressant en ce qu’il montre fort bien l’importance de l’Asie pour permettre à l’économie canadienne et québécoise d’accéder à une reprise durable. Comme le dit à FORCES Dominic Barton, grand patron du groupe McKinsey, « le prochain siècle sera celui du Pacifique et il est très important que les Canadiens en prennent conscience ».

La croissance de l’économie mondiale est donc en ralentissement. Les premières conséquences apparaissent dans toutes les régions sous la forme de mesures protectionnistes. Comme l’écrit Bernard Landry : « Le protectionnisme, même s’il agonise depuis longtemps, a la vie dure. » Mais les difficultés économiques ont aussi des conséquences sociales que l’on voit de plus en plus apparaître dans des comportements de contestation ou d’affirmation. Ce fut le Printemps arabe, puis la révolte grecque, ensuite la descente dans la rue des « indignés » et, depuis février dernier, la contestation des étudiants du Québec face à l’augmentation des droits de scolarité universitaire par le gouvernement.

Quelle histoire ! Après presque quatre mois de « supposée grève » par quelque 30 % des étudiants et de manifestations marquées par la violence et la désobéissance civile, le gouvernement Charest a dû faire adopter une loi spéciale musclée pour rétablir l’ordre public et garantir les droits fondamentaux des étudiants qui veulent continuer à recevoir leurs cours pour finir leur session correctement. Les droits des uns se terminent où les droits des autres débutent, voilà un premier principe de toute véritable démocratie.

Qu’on le veuille ou non, il y avait au début de cette contestation étudiante, pour toute une génération sortante, une certaine saveur de « mai 68 », avec ces jeunes leaders étudiants télégéniques, brillants et capables de bien s’exprimer. Malheureusement, ils ont été récupérés ou dépassés par les événements, et ce fut le grand dérapage. La violence et la désobéissance civile ont eu tôt fait d’éclipser le sujet original de la contestation, les frais de scolarité.

Il semble y avoir un certain consensus au sein de la population en faveur d’une augmentation menant à un niveau comparable à celui des autres provinces canadiennes et ainsi assurer à nos universités les moyens pour relever le défi de l’excellence. Mais cela ne veut pas dire que les modalités pour développer l’accessibilité du système universitaire ne méritent pas d’être discutées, comme l’a démontré le gouvernement en convoquant des rencontres pour tenter de trouver une solution afin d’augmenter les droits de scolarité tout en bonifiant les modalités de paiement pour les étudiants. C’est là que le gouvernement a probablement encore assez de marge de manœuvre pour faire un compromis acceptable par tous.

En ce sens, il est intéressant de noter que John Ralston Saul, pour sa part, nous dit que : « … Nous vivons dans un monde dominé par la vision américaine de la réalité ». Ce qui ne doit pas nous empêcher d’être attentifs aux sentiments d’une jeune génération à la recherche de valeurs et pour qui, comme Martine Desjardins, une des leaders étudiants, le dit à FORCES « le plus grand défi économique du Québec est d’assurer l’équité intergénérationelle ».

Il faut savoir entendre ce message d’autant plus pertinent qu’il s’inscrit dans un contexte où l’économie mondiale est dans une difficile transition. L’ancien président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, dans son entrevue exclusive à FORCES, le dit clairement : « Tant que le climat d’incertitude persistera, il est difficile d’imaginer comment nous pourrons revenir à une reprise normale avec des taux de croissance plus soutenus. » Chose certaine, l’énergie joue un rôle fondamental pour assurer un climat de confiance et une reprise économique durable. Le pdg de GDF SUEZ, Gérald Mestrallet dit, au sujet des énergies de demain : « Le gaz naturel sera la source d’énergie majeure non seulement de ce siècle mais aussi du suivant ». Le défi demeure cependant de trouver la technologie qui nous permettra d’exploiter le gaz de schiste en tout respect pour l’environnement.

Le « Profil » que présente ce numéro d’été est celui d’une femme remarquable qui occupe les délicates fonctions de « Protectrice du citoyen » face aux puissants pouvoirs de l’État. Avec la discrétion que commande ce poste, mais aussi l’efficacité qui la rend redoutable pour l’appareil gouvernemental, Raymonde Saint-Germain voit son « … rôle comme le contrepoids à la machine gouvernementale pour éviter les abus ». Fonction d’autant plus importante à un moment où la situation économique remet en cause la capacité de l’État d’assurer la qualité des services publics. Ce qui se passe à Air Canada en est un bon exemple. Alors que certains dirigeants partent avec la caisse et que des employés sabotent la qualité du service en prenant les usagers en otage, Ottawa se devait d’agir comme il l’a fait. Mais le dossier n’est pas terminé…

Les États doivent s’adapter à la nouvelle économie mondiale, plombée par la dette souveraine. Il faut développer de nouvelles façons de faire pour augmenter la qualité, l’accessibilité et l’universalité de nos services publics. Le recours au secteur privé en est une. Comme l’explique le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, à Guy Fournier : « Dans peu de temps, des hôpitaux à la fine pointe de la médecine moderne ouvriront leurs portes à Montréal : le CHUM et le CUSM. » On doit à ce ministre déterminé d’avoir enfin fait sortir de terre ces deux projets qui formeront des centres de recherches médicales parmi les plus importants au monde.

Ce numéro de FORCES veut vous apporter quelques éléments de réflexion pour des vacances bien méritées, que vous prendrez peut-être dans les parcs du Québec ou sur ses cours d’eau qui sont parmi les plus beaux du monde. On annonce un été venteux. Si vous naviguez, attention aux coups de vent traîtres et imprévisibles. Souvenez-vous d’une règle de base en navigation : ne jamais affronter le vent de face. Ça vous permettra d’éviter le naufrage.

Bonne lecture et bon été !
Rédigé le 23 mai 2012

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