Économie

Le Gros Bon Sens

Après moult discussions vigoureuses mais fructueuses, c’est ce que le libre-échange entre les nations a fini par incar-ner quand la libre circulation des biens, des services et des capitaux a conduit à la mise en place de ce phénomène incontournable et universel qu’est la mondialisation avec ses avantages incontestables – et ses risques à ne pas ignorer ni négliger.

Après moult discussions vigoureuses mais fructueuses, c’est ce que le libre-échange entre les nations a fini par incar-ner quand la libre circulation des biens, des services et des capitaux a conduit à la mise en place de ce phénomène incontournable et universel qu’est la mondialisation avec ses avantages incontestables – et ses risques à ne pas ignorer ni négliger.

En dépit des hésitations et de la méfiance, le protectionnisme, bel et bien mort ou agonisant dans la plupart des pays, n’est pratiquement même plus lié à la fracture gauche-droite, que ce soit en Europe ou même en Amérique du Nord ; le principe de la libre circulation des biens et des personnes a fini par transcender idéologies et nationalismes. Partout sur la planète, on signe des traités de libre-échange multi ou bilatéraux, dont, récemment, l’imposant traité unissant le Canada et l’Union européenne. Un autre traité, plus colossal encore, commence à se profiler entre les États-Unis d’Amérique et le grand ensemble européen, ce à quoi aucun économiste sérieux n’aurait cru jusqu’à tout récemment.

Le très regretté Jean Garon, ancien collègue et ami qui incarnait le gros bon sens, n’a jamais succombé au protec-tionnisme. Pourtant, il était une icône aux yeux des agriculteurs, qui le considèrent comme le plus grand de nos mi-nistres de l’agriculture. Les agriculteurs sont les derniers parangons du protectionnisme, et c’est fort compréhensible : leur secteur d’activité est le plus risqué de toute l’activité économique.

En effet, les agriculteurs sont les seuls à être esclaves des variations climatiques. La récolte peut être catastro-phique selon qu’il pleuve trop ou pas assez, et même quand elle est bonne, suivant la fameuse loi de Gregory King, économiste du 17e siècle, les choses vont mal… L’abondance fait que les prix ont tendance à s’effondrer ; la disette peut faire monter les prix, mais sans enrichir les producteurs puisqu’ils n’ont pas assez de produits à vendre. Des raisons majeures et respectables expliquent donc l’angoisse des agriculteurs dans pratiquement tous les pays devant la libre circulation et l’ouverture des frontières. Au Canada, sans les droits de douane, généralement très élevés, cette quasi-religion de la gestion de l’offre qui nous a rendu d’immenses services dans notre soutien à l’agriculture ne se-rait pas pensable. Ainsi, le mot « libre-échange » devient anathème devant un auditoire agricole.

Malgré cela, le bon sens de Jean Garon lui a fait pratiquer une doctrine d’ouverture qu’il a si bien appliquée qu’il a réussi à mettre en œuvre sa vision : une balance agricole excédentaire ou équilibrée. Il ne s’agit pas ici d’entraver les échanges commerciaux agricoles, mais simplement de prendre conscience qu’il n’est pas nuisible d’importer des fruits tropicaux ou d’autres produits que nous ne pouvons produire ici si nos ventes agricoles à l’étranger égalent nos achats ou les excèdent.

Un des défis, notamment, consiste à vendre suffisamment de porc à l’étranger, pour dégager les surplus néces-saires pour pouvoir importer des oranges et des bananes. Nous relevons ce défi, et pourrions faire mieux encore. Or, cela n’est possible que dans un contexte de commerce libre, réglementé par l’omc. C’est ce que le sage Jean Garon avait compris.

Voilà pourquoi, comme bien des économistes, il a été sceptique devant ce drôle de concept, en outre mal nommé, de « souveraineté alimentaire ». Le Canada est déjà souverain pour l’ensemble de son commerce international et nous espérons que le Québec le sera un jour, mais cela n’équivaut pas à du protectionnisme. La France, une formi-dable puissance agricole et commerciale, est indépendante tout en étant membre de l’omc et de l’Union euro-péenne. Il est vrai qu’elle défend aussi ardemment la politique agricole commune de l’Union européenne, ce qui montre que ses agriculteurs, comme les nôtres, connaissent à juste titre des angoisses.

Autre exemple : le Québec est un puissant producteur d’une variété de fromages de qualité. Si jamais nous fai-sions une importante percée auprès des 500 millions de consommateurs européens, nous serions à court de vaches ! Cela vaut également pour la production porcine : si nous jouons bien nos cartes sur le marché de 1,4 milliard de Chinois, une perspective de grande prospérité s’ouvre à nos agriculteurs. Il est très clair que la doctrine à approfondir n’est pas celle du repli, mais celle de l’ouverture. Il tombe sous le sens que le Québec, avec ses huit millions de con-sommateurs, ne peut négliger de promouvoir ses produits sur un marché aussi gigantesque. À ce sujet, mentionnons que notre premier ministre, lors de son dernier voyage, aurait pu être mieux préparé techniquement sur ce sujet.

Avec huit millions d’habitants et un potentiel agricole qui nous permettrait d’en nourrir infiniment plus, il est clair que nous devons développer l’exportation vers les grands marchés potentiels de la planète. Cela profitera à nos agriculteurs comme à l’humanité. Il semble que la coopérative Agropur, notamment, cultive cette vision d’ouverture de manière exemplaire.

Pour ma part, élevé dans une famille d’agriculteurs, j’ai toujours ressenti que cette noble activité était en soi hu-maniste autant qu’économique. Ainsi, le commerce agricole, tout libre qu’il soit, ne doit pas tourner à l’anarchie. Il doit demeurer sous la vigilance des États et des grandes organisations internationales. Enfin, en ce qui concerne les alarmes environnementales, qu’il faudrait être irresponsable pour nier, il est incontestable que l’agriculture se trouve sur la ligne de front. Et sans agriculture, c’est la vie même qui est en cause.

Donc, il nous faut plus de réflexion que jamais, et surtout, du gros bon sens.

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