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Abolissons Les Paradis Fiscaux

La plupart des États du monde sont endettés au-delà des normes acceptables. Ce phénomène tourne parfois à la tragédie, comme c’est le cas en Grèce. Même chez certains pays « respectables », comme la France et l’Italie, l’équilibre des finances publiques est fragile.

La plupart des États du monde sont endettés au-delà des normes acceptables. Ce phénomène tourne parfois à la tragédie, comme c’est le cas en Grèce. Même chez certains pays « respectables », comme la France et l’Italie, l’équilibre des finances publiques est fragile. Pour sa part, le Québec, même si la crise l’a inévitablement replongé dans le rouge, n’est pas en détresse, en particulier grâce à la politique du déficit zéro mise en place à la fin des années 1990 par le gouvernement péquiste – les gouvernements libéraux qui ont suivi ont adhéré à cette sagesse élémentaire qu’exige le retour à l’équilibre.

La première puissance du monde, les États-Unis d’Amérique, n’est pas en position de faire la leçon aux autres : ses bons du Trésor reposent sur les surplus chinois, et les batailles budgétaires d’Obama frôlent la catastrophe d’une année à l’autre. Outre les déficits budgétaires, plusieurs pays subissent ce que l’ancien chancelier britannique de l’Échiquier (le ministre des finances), Nigel Lawson, décrivait comme le problème grave à éviter : le double déficit, celui de l’État et de la balance des paiements.

Par ailleurs, tandis que la neurasthénie socio-économique affecte des millions d’êtres humains autour du monde, survient l’invraisemblable scandale d’hsbc : des milliards de dollars n’aboutissent pas, comme ils le devraient, dans les coffres de l’État où la légitimité devrait les conduire, mais à l’abri d’infâmes paradis fiscaux ! Cette grande banque « too big to fail » n’est pas, malgré son nom, logée en Chine, toujours économiquement très communiste. Elle est sise dans ce lieu hautement symbolique qu’est la City, longtemps parangon de l’éthique capitaliste à laquelle on nous fit croire à une certaine époque.

L’Angleterre, pays de Thatcher et aussi du Labour Party, n’est pourtant pas un État voyou. Comment a-t-elle pu tolérer de tels agissements de la part de ses citoyens, individuels ou « corporatifs », qui l’ont déshonorée ainsi que l’économie de marché en général ?

Les Anglais peuvent évoquer avec un sourire condescendant que l’ancien ministre français Cahuzac plaçait ses avoirs à l’abri du secret bancaire suisse. Les chiffres en cause font pâle figure devant le nombre d’individus et les montants impliqués dans le scandale britannique ! Et, autre surprise, pire que la bourde française, Stephen Green, ministre du commerce britannique, fut, de 2011 à 2013, pdg de l’ignoble banque qui a organisé cette immense arnaque.

Il est vrai que dans le contexte d’une économie mondialisée et de ce que l’on appelle « flat earth », il n’est pas facile, pour les États nationaux, de contrer la rapacité sans frontières. Ils ont certes encore les pouvoirs de l’indépendance, mais plusieurs négligent d’y recourir.

Saluons le fait qu’aux États-Unis, tout de même, la fraude fiscale est criminalisée ; le Internal Revenue Service, dur et inexorable comme il se doit, et notamment dans le célèbre cas d’Al Capone, demeure un exemple pour le monde.

Dans les sociétés où l’État a assuré la santé, la sécurité et une bonne qualité de vie, il est particulièrement immoral de profiter des avantages collectifs tout en faisant de l’évasion fiscale. Allez justifier ces échappatoires de milliardaire au salarié moyen dont les revenus sont imposés par prélèvements à la source ! Dans les cas, nombreux, où les États nationaux restent impuissants, plusieurs institutions internationales ont le devoir de prendre le relais. L’omc, le fmi et même le Tribunal pénal international (tpi) ont le devoir d’ouvrir les yeux et d’agir contre cette grave dérive contemporaine.

Le fmi est en réflexion profonde sur l’équilibre des pouvoirs entre ses membres. Belle occasion d’empêcher que, partout dans le monde, les paradis fiscaux tournent à l’enfer et, symbole d’anarchie, ne constituent un des effets néfastes de la mondialisation.

La Suisse, qui se prétend depuis longtemps noble symbole de paix et d’harmonie, sera davantage à la hauteur de cette image dans l’avenir puisqu’elle mettra fin à son néfaste secret bancaire en 2018. Mieux vaut tard que jamais…

Le Luxembourg, la Belgique et l’Autriche annoncent qu’ils choisissent aussi cette voie, devenue incontournable. Tout État responsable se doit d’examiner les comportements inacceptables et d’annoncer des représailles sévères contre ceux qui perpétuent cette odieuse forme de criminalité.

On ne peut nier que pour assurer une gestion convenable de la mondialisation, les États-nations doivent renoncer à une certaine part de leur souveraineté. Si, en le faisant de façon rationnelle et sans renoncer à leur indépendance, ils parviennent à récupérer des milliards de dollars aujourd’hui détournés par l’évitement fiscal, les gouvernements seront gagnants, de même que leurs contribuables.

Les indépendances nationales, souvent longuement attendues et chèrement payées, ne disparaîtront jamais. Elles sont essentielles à l’honneur, au bonheur et à la dignité des nations, mais à condition de les faire vivre en harmonie dans un concert de nations qui se respectent mutuellement ; alors, tous seront gagnants. Un État qui n’est pas prisonnier de ses créanciers est plus indépendant. Quant au contrôle mafieux, encore plus pénalisant, c’est l’évidence même. Rechercher davantage d’indépendance en harmonisant toutes les indépendances de façon bilatérale ou multilatérale constituerait un progrès pour l’humanité. Qui, depuis un paradis fiscal, pourrait prétendre le contraire. Quel fraudeur oserait encore défendre ouvertement l’anarchie fiscale ?

Les communistes chantaient cette belle chanson : « L’Internationale sera le genre humain ». Le temps n’est-il pas venu de dire : « le national harmonisé et concerté sauvera le genre humain » ? Il semble que le monde soit prêt à s’engager enfin dans cette voie. Tuons les paradis fiscaux. Cela nous éloignera de l’enfer qui se profile avec les hsbc de ce monde.

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