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Énergie

La Northern Pass - Des Solutions Pour le Long Terme

Avec le projet de la ligne Northern Pass Transmission vers la Nouvelle-Angleterre, Hydro-Québec est sur le point de décrocher le plus gros contrat d’exportation d’électricité de son histoire.

Outre leurs besoins en énergie et les coûts de celle-ci qui montent en flèche, les États du Massachusetts, du Connecticut et du Rhode Island cherchent également à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Hydro-Québec s’est alliée à Eversource Energy, aux États-Unis, pour trouver une solution de longue durée à ces trois défis de taille. Toutes deux répondaient à l’appel de ce trio d’États de Nouvelle-Angleterre.

Les deux entreprises travailleront de concert pour réaliser le projet Northern Pass Transmission (NPT), dont le coût estimé est de 1,6 milliard de dollars pour la partie américaine. Une fois en place, la nouvelle ligne permettra d’exporter l’hydroélectricité produite par le parc de centrales du Québec vers nos voisins du Sud. Or, le projet a fait l’objet d’une forte résistance au New Hampshire, l’État par où la NPT devra passer pour remplir sa mission d’approvisionnement du reste de la Nouvelle-Angleterre, et l’opposition au New Hampshire a mis un frein au développement de cette ligne à l’origine prévue pour 2015, surtout dans le nord de l’État, région où l’activité économique repose largement sur le tourisme de plein air et les paysages bucoliques. Mais le vent semble tourner, et les réactions positives à la nouvelle mouture du projet permettent d’entrevoir la mise en service de la NPT pour 2019.

Un souci d’harmonisation

Au total, la ligne de transmission Northern Pass s’étendra sur près de 400 kilomètres, des Cantons-de-l’Est jusqu’au sud du New Hampshire. Elle comprendra, au Québec, la construction d’une ligne de transport à courant continu d’une longueur atteignant près de 80 km. Comme tous les projets d’envergure qui bouleversent le milieu naturel, celui-ci a nécessité plusieurs discussions préalables avec les habitants de la région concernée. En septembre 2015, une étape importante a été franchie, confirme Lynda Veilleux, chef du projet de la NPT pour la portion du Québec : « À la suite de l’élaboration de quelques scénarios de tracé [de la ligne] et des consultations précédentes, nous avons présenté au milieu récepteur le tracé retenu. »

En effet, les études environnementales ont permis de démontrer que la solution de moindre impact consiste à juxtaposer la ligne projetée à la ligne à 450 kV des Cantons – Nouvelle-Angleterre existante. Ainsi, dans la portion québécoise de la nouvelle interconnexion Québec – Nouvelle-Angleterre, la ligne de 80 km longera à 80 % la ligne existante reliant la baie James à Boston. « Avec cette nouvelle ligne, nous favorisons l’intégration optimale grâce à un nouveau type de pylône, plus petit, qui s’harmonisera aux pylônes existants », indique Lynda Veilleux. En ce qui concerne le 20 % restant de la ligne qui bifurque vers le New Hampshire, il fallait respecter une particularité naturelle de la région : le mont Hereford, dans la municipalité de Saint-Herménégilde. « Pour cette portion, nous avons tenu à éviter les hauteurs du mont, explique Lynda Veilleux. Nous voulions aussi toucher le moins de propriétés possible et demeurer en cohérence avec le développement touristique de la région.

En juin dernier, le choix s’est porté sur un contournement du mont vers l’ouest. La ligne semblera s’encastrer dans la montagne, ce qui aidera beaucoup à son intégration visuelle.» Hydro-Québec affirme sans détour que l’option d’enfouissement de larges portions de la ligne au Québec n’est pas viable à long terme. Selon les calculs, une ligne souterraine coûterait de 3 à 4 fois plus cher à installer qu’une ligne aérienne et exigerait plus d’investissements pour son entretien, outre sa durée de vie inférieure de 20 ans (40 ans plutôt que 60).

À la fin de l’été 2015, Eversource Energy, le partenaire américain d’Hydro-Québec, a proposé pour sa part d’enfouir les câbles sur 100 kilomètres, afin de préserver l’intégrité visuelle des fameuses montagnes Blanches, un joyau naturel du New Hampshire. Bien que cette option ait suscité une réaction positive de la part même des plus opposés au projet, il faudra encore l’approbation complète de l’État, du gouvernement fédéral et des collectivités touchées afin que les travaux de la NPT puissent démarrer. La période de révision du nouveau tracé s’étendra jusqu’à la fin de l’année.

Selon Steve Demers, vice-président Marchés de gros à Hydro-Québec Production, le rapport « très positif » déposé récemment par le Département de l’Énergie sur le projet de la NPT représente une étape importante qui « permet d’entreprendre de façon formelle » les étapes d’ingénierie. Steve Demers ne cache pas l’importance qu’aura la NPT pour la société d’État : le projet, indique-t-il, ouvre le marché d’exportation « le plus important depuis plusieurs années, un accès à des marchés lucratifs » à long terme.

Un scénario gagnant

« Une interconnexion supplémentaire augmenterait la capacité d’exportation vers un marché très intéressant pour le Québec, affirme Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie. Pour le Québec comme pour la Nouvelle-Angleterre, c’est un projet gagnant, car il y aura énormément de retombées positives pour tous. » Du côté de la Nouvelle-Angleterre, l’hydroélectricité de son voisin du Nord favorise l’atteinte de ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre, en lui permettant de s’éloigner de sources polluantes d’énergie telles que le charbon. Le tout, à un coût moins élevé que si la région produisait elle-même son énergie propre, au moyen du solaire ou de l’éolienne, par exemple. Pierre-Olivier Pineau rappelle que le Québec dispose d’une quantité énorme d’énergie verte et que son potentiel d’exportation est grand : « Aujourd’hui, on a des surplus d’électricité et Hydro-Québec devra trouver des acheteurs pour l’électricité supplémentaire que produiront les nouvelles unités de service du complexe de La Romaine, qui entreront en service d’ici 2020. »

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