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Le Brexit, un choix historique

Le 23 juin 2016, les Britanniques, les Irlandais et les citoyens du Commonwealth de plus de 18 ans qui résident au Royaume-Uni voteront sur la question suivante : Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l’Union européenne, ou en sortir ? Il y a belle lurette, le parti canadien Rhinocéros avait proposé que les Maritimes soient déplacées chaque hiver aux îles Caïmans afin de profiter elles aussi du soleil.

Le 23 juin 2016, les Britanniques, les Irlandais et les citoyens du Commonwealth de plus de 18 ans qui résident au Royaume-Uni voteront sur la question suivante : Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l’Union européenne, ou en sortir ? Il y a belle lurette, le parti canadien Rhinocéros avait proposé que les Maritimes soient déplacées chaque hiver aux îles Caïmans afin de profiter elles aussi du soleil. Dans la même veine, il semble aux observateurs extérieurs que bien des partisans de la sortie du Royaume-Uni de l’UE (les Leavers) rêveraient que le Royaume-Uni soit remorqué ailleurs, peut-être du côté du Canada ou de l’Australie, mais en tout cas loin de l’Europe, afin de gagner la prospérité économique et une conjoncture plus radieuse.

Les observateurs extérieurs hochent la tête, incrédules, à l’idée que les Britanni-ques puissent songer à renoncer aux retombées économiques du marché unique de l’UE et aux avantages politiques de la coopération européenne pour faire cavalier seul. Lors de sa visite au Royaume-Uni d’avril 2016, le président Obama a très clairement exprimé son point de vue dans le Daily Telegraph : « L’Union européenne ne réduit pas l’influence britannique, elle l’amplifie. [...] À notre époque, les pays amis et alliés doivent se serrer les coudes », a-t-il écrit.

Les décideurs d’Ottawa craignent un Brexit, car il est avéré et bien connu que le Royaume-Uni offre au Canada un accès privilégié au marché européen. De plus, les Canadiens sont bien implantés au Royaume-Uni : on y compte quelque 1 100 entreprises canadiennes, qui risqueraient de connaître une incertitude prolongée quant à la nature des accords commerciaux qui pourraient entrer en vigueur le cas échéant.

Alors, pourquoi une partie de la population britannique souhaite-t-elle quitter l’UE ? Certaines voix, notamment du côté du United Kingdom Independence Party, préconisent une « protection plus sûre des frontières » : selon elles, le Royaume-Uni, en tant que nation insulaire, aurait besoin d’être « protégé » du continent et devrait être en mesure d’imposer son propre système d’immigration. Pourtant, le Royaume-Uni a déjà ses propres contrôles aux frontières puisqu’il n’appartient pas à la zone Schengen (zone de circulation sans passeport). Il n’est pas non plus évident que le Royaume-Uni, s’il pliait bagage tout en souhaitant maintenir ses échanges commerciaux avec l’UE selon les termes actuels, pourrait refuser d’admettre les citoyens de l’UE, puisque la libre circulation des personnes constitue une pierre angulaire du marché unique européen.

Les Leavers font campagne pour « le libre-échange avec le monde entier » et contestent le maintien de liens économiques étroits avec une zone euro défaillante. Cependant, le Royaume-Uni dispose d’une dérogation permanente de l’euro, et son adhésion à l’UE ne l’empêche pas par ailleurs d’élargir ses partenariats commerciaux.

Une raison toute simple explique pourquoi, en juin prochain, tant de personnes voteront pour la sortie de l’UE. L’ancien chancelier britannique (ministre des Finances) Nigel Lawson l’a bien synthétisée dans une entrevue donnée en avril au Guardian : « Le nœud de l’affaire, c’est la démocratie et l’autonomie gouvernementale. C’est ce principe qui est en jeu. L’autonomie gouvernementale compte plus que tout. » En effet, les slogans et les formules des Leavers sont d’une simplicité brute : « Contrôlons nos lois ! Si nous votons pour la sortie de l’UE, la loi britannique aura l’autorité suprême et nous reprendrons notre pays en mains. Nous devons avoir la possibilité de chasser du pouvoir les gens qui font nos lois. »

Il y a beaucoup de réfutations possibles à cette vision simpliste : des enjeux tels que les changements climatiques et la lutte contre le terrorisme ne connaissent pas de frontières et sont un incitatif pour les gouvernements à partager les pouvoirs. Non seulement le gouvernement de l’UE n’a pas empêché la démocratie au Royaume-Uni, mais il a au contraire entraîné une délégation des pouvoirs balisée par des normes au sein d’un système fondé sur des traités. Malheureusement, pour de nombreux électeurs, les institutions européennes sont opaques. Pendant les quinze dernières années de ma carrière, j’ai tenté d’expliquer aux décideurs politiques du Royaume-Uni la manière dont l’UE fonctionne ; néanmoins, je suis toujours surpris par le degré d’ignorance dont ils témoignent encore. Les efforts déployés au sein du système scolaire pour expliquer le fonctionnement de l’UE sont minimes, de sorte que de nombreux Britanniques ont peu de connaissances à ce sujet. Et, quoi qu’il en soit, les jeunes électeurs plaçant les relations Royaume-Uni – UE très bas sur leur liste de priorités, leur participation au référendum est susceptible d’être extrêmement faible. De plus, un grand nombre de jeunes électeurs sont exclus de la liste électorale, car le passage, en 2014, de l’enregistrement des ménages à l’inscription individuelle les a touchés de manière disproportionnée.

Pour beaucoup d’électeurs, jeunes et vieux, le pouvoir d’attraction émotionnel du « Reprendre notre pays en mains » des Leavers semble particulièrement pertinent pour l’avenir. Les Leavers soulignent que « l’UE est en voie d’intégrer davantage de pays ; nous [le Royaume-Uni] serons donc marginalisés encore plus ». J’avais écrit dans Forces 173 (printemps 2013) que « les effets à plus long terme à ce jour des doutes britanniques quant à leur adhésion ont consisté à pousser le Royaume-Uni toujours plus loin en marge des discussions stratégiques actuelles de l’ue et de renforcer la perspective d’une Europe asymétrique ». Même si le Royaume-Uni vote pour son maintien au sein de l’UE, il conservera son statut exceptionnel parmi les 28 États membres en conservant toutes ses dérogations actuelles de non-participation à l’eurozone, de la zone Schengen ainsi que d’autres domaines de la justice et des affaires intérieures. Par ailleurs, le premier ministre David Cameron a obtenu en février dernier que soit apportée aux traités de l’Union européenne lors de leur prochaine révision une modification qui exempterait le Royaume-Uni de sa mission historique consistant à réaliser « une union sans cesse plus étroite » ; le texte ayant fait l’objet d’un accord souligne que le Royaume-Uni occupe une position particulière dans les traités et n’est pas tenu de prendre part à une intégration politique plus poussée au sein de l’UE. Ainsi, paradoxalement, un vote de maintien dans l’UE renforcerait encore davantage l’exceptionnalisme britannique ; mais les Leavers préfèrent une position moins ambiguë, à savoir celle du retrait complet.

Les critiques véhémentes que Cameron a adressées à l’UE jusqu’à récemment le placent en position délicate pour mener une campagne référendaire convaincante en faveur du maintien, comme l’ont rapporté Charles Grant et John Springford dans un récent rapport du Centre for European Reform, un groupe de réflexion britannique. Ces deux auteurs affirment que Cameron « a délibérément choisi de ne pas critiquer publiquement les conclusions de l’évaluation qu’a faite son gouvernement des compétences de l’UE, à savoir que presque tous les pouvoirs exercés par l’UE ont été globalement bénéfiques » au Royaume-Uni. Cette évaluation recommandait que le premier ministre mette davantage l’accent sur la sécurité et la continuité plutôt que sur l’inconnu et l’expérimentation.

Jusqu’à présent, la terne campagne référendaire s’est résumée à un débat entre les soi-disant audacieux Leavers, avec leur message facilement compréhensible quant à l’autonomie gouvernementale, et la litanie répétitive des conjectures apocalyptiques sur les dangers d’un vote de sortie. Les doutes des électeurs quant aux risques d’un Brexit pourraient bien l’emporter lors du prochain référendum et ainsi conduire à une victoire pour le côté du maintien. Quoi qu’il en soit, le Royaume-Uni continuera d’occuper une position particulière au sein de l’UE, même si la géographie le lie à jamais au continent européen.

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