International

Objets volants identifiés

çus comme des objets futuristes ou de simples gadgets, les drones, outils aux mille possibilités, se multiplient au-dessus de nos têtes, pour le meilleur et pour le pire. Une industrie en pleine ébullition qui pourrait bientôt changer pour de bon notre manière de travailler, de nous divertir et de consommer.

Prenez un champ, une mine ou un terrain de golf. Faites survoler la zone ciblée par un drone de TerraScan 3D. Laissez l’ordinateur de l’opérateur traiter les données obtenues et vous obtiendrez un plan détaillé, en trois dimensions. Tout cela, en une seule journée et pour une fraction du prix d’un service d’arpentage traditionnel.

« Le drone diminue les coûts de production et augmente la qualité des données obtenues », lance fièrement Nicolas Léonard, diplômé en urbanisme et cofondateur de cette jeune entreprise fondée en 2012. Il nous accueille chez lui, à Saint-Basile-le-Grand, sur la rive sud de Montréal. Dans sa maison qui fait office de siège social, l’essentiel de son entreprise est entassé dans une petite pièce, au sous-sol. Des drones et quelques instruments de mesure, c’est tout ce dont la compagnie a besoin pour attirer les contrats.

Nicolas Léonard a lancé TerraScan 3D il y a trois ans avec Michel Drolet, ingénieur de formation, alors que les deux hommes travaillaient pour un fournisseur d’équipement d’arpentage. Et c’est en cognant aux portes des clients pour vendre des drones qu’ils ont flairé l’occasion d’affaires. « On a constaté que les gens ne voulaient pas nécessairement acheter l’équipement, ils voulaient surtout obtenir le service », relate Michel Drolet.

Les deux partenaires ont donc tout misé sur de petits engins volants, ultralégers, auxquels ils peuvent fixer l’équipement nécessaire, selon la nature et l’ampleur de la tâche. L’entreprise répond notamment à des demandes dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie ou des mines. Elle a par exemple permis à la petite municipalité de Saint-Félix-de-Kingsey, située près de Drummondville, de savoir précisément quelle quantité de sable a été extraite de sa sablière et de réclamer les redevances qui lui revenaient. En optant pour un relevé effectué par drone, la municipalité a largement récupéré le coût de l’évaluation avec le montant des redevances obtenues, affirme Nicolas Léonard. L’usage de drones est « moins cher, ne nuit pas aux opérations et est plus sécuritaire, fait-il valoir. On utilise toujours une méthode semblable, mais on l’adapte à différents types de terrains », ajoute son collègue.

Pointe de l’iceberg

Les contrats réalisés par la jeune entreprise ne représentent que la pointe de l’iceberg. Depuis environ cinq ans, le drone est devenu l’outil par excellence de nombreuses entreprises et d’organisations publiques provenant d’horizons variés, auxquelles il rend de fiers services.

Au Québec, le développement de la florissante industrie du drone repose en bonne partie sur le Centre d’excellence sur les drones (CED), établi à Alma, au Saguenay – Lac-Saint-Jean. Fondé en 2011, le CED utilise les installations de l’aéroport local et regroupe des entreprises privées, des entités publiques et des chercheurs universitaires qui mettent leurs efforts en commun pour aider l’industrie à décoller. « Le but initial était d’attirer des entreprises dans la région pour développer une expertise locale, explique le directeur général du CED, Marc Moffatt. On devient aussi une porte d’entrée pour des entreprises étrangères qui veulent s’intégrer au marché nord-américain. »

Les activités du CED sont diversifiées : on effectue des tests en vol et au sol, on fait de l’entretien, de la formation, et bien sûr, de la recherche. C’est ici que plusieurs projets utilisant des drones sont lancés ou mis à l’essai.

À la fin du mois d’août, deux membres du CED ont par exemple obtenu une subvention du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada pour mener à bien leur projet d’évaluation de la productivité dans la culture du bleuet sauvage, très répandue dans la région. L’objectif est de cartographier les champs de bleuets à basse altitude pour détecter la présence de mauvaises herbes, évaluer l’état du sol ou encore le relief, et ainsi adapter les pratiques agricoles et prévoir le rendement final avec plus de précision. « L’agriculture va bientôt devenir l’une des grandes utilisatrices de drones », fait remarquer Marc Moffatt.

Mais ce n’est pas tout. Le drone est aujourd’hui utilisé pour obtenir des prises de vues aériennes, surveiller des barrages à distance ou inspecter des pipelines sur des centaines de kilomètres.

Les forces de l’ordre ne sont pas en reste puisque, selon Marc Moffatt, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a déjà une centaine d’appareils à sa disposition dans le pays. Elle s’en sert notamment pour reconstituer des accidents ou faire des recherches sans compromettre la sécurité de ses agents. « Récemment, ils sont parvenus à retrouver une personne dans le bois, pendant la nuit, grâce à des détecteurs à infrarouge posés sur le drone », rapporte le directeur général du CED.

Au Québec, la Sûreté du Québec serait également intéressée, tandis que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et le Service de sécurité incendie de Montréal « évaluent les possibilités », précise Marc Moffatt. Les autorités sont cependant conscientes de la controverse qui entoure l’usage de drones lors de manifestations, notamment en ce qui concerne la protection de la vie privée.

Outre les engins civils, les drones militaires font régulièrement les manchettes en raison de la controverse qu’ils suscitent. Ces appareils sans pilote contrôlés à distance sont notamment utilisés par les États-Unis pour intervenir en zone de conflit. Ils représentent une arme de guerre redoutable qui n’épargne cependant pas les victimes civiles.

Ce n’est qu’un début

À entendre plusieurs acteurs de l’industrie québécoise du drone, nous n’assistons qu’au début d’une petite révolution qui pourrait bientôt influer sur notre quotidien.

Il suffit de penser au projet dévoilé fin 2013 par le géant américain du commerce en ligne, Amazon, qui souhaite procéder à la livraison de colis par drones lorsque la réglementation américaine le lui permettra. Au départ, plusieurs ont cru à une blague ou à une annonce destinée à faire parler de cette multinationale, mais, près de deux ans plus tard, tout indique qu’il ne s’agit pas de science-fiction. Cette idée s’est concrétisée encore davantage lorsque l’entreprise a présenté en juillet dernier sa vision de l’espace aérien du futur. Lors d’une conférence organisée par la NASA, celle-ci a plaidé en faveur de l’instauration d’un corridor aérien réservé aux drones commerciaux sophistiqués, qui pourraient circuler à haute vitesse dans un couloir compris entre 61 et 122 mètres d’altitude, c’est-à-dire en dessous de la zone aérienne habituellement réservée aux avions de ligne.

Confirmant le sérieux du projet d’Amazon, Walmart a annoncé son intention de se lancer à son tour dans la livraison par drones en déposant à la fin du mois d’octobre une demande aux autorités américaines de l’aviation pour effectuer des tests extérieurs.

Marc Moffatt, comme d’autres, croit que le mode de livraison futuriste que proposent les Amazon ou Walmart pourrait un jour être offert, mais qu’il faudra être patient. À plus court terme, il envisage plutôt des services offerts en régions éloignées et peu peuplées, comme la livraison de médicaments dans le Grand Nord québécois. « Les drones partageront un jour l’espace aérien. Mais il faut qu’ils s’intègrent à cet espace aérien, et non l’inverse », estime-t-il.

Unir les forces

En l’espace de quelques années, le drone est devenu l’outil par excellence d’entreprises qui poussent comme des champignons au Québec. Cette industrie prend de l’ampleur rapidement, mais pas nécessairement de manière ordonnée. « Actuellement, tout le monde travaille individuellement, et on se rend compte que ça ne fonctionne pas toujours », constate Patrick Côté, qui préside l’entreprise Hexwing, mais aussi l’Association canadienne des opérateurs de drones commerciaux.

Cette association, qui n’en est qu’à ses premiers pas, a pour but de regrouper les joueurs de l’industrie pour défendre leurs intérêts et porter un message uniformisé. Elle compte à l’heure actuelle une vingtaine de membres, mais espère en attirer une centaine sous peu.

Patrick Côté précise que l’objectif est double : structurer une industrie qui s’est développée sans balises, mais aussi donner une voix crédible aux utilisateurs professionnels, qui souhaitent se distancier des pilotes amateurs. Parce qu’en marge des entreprises dûment enregistrées, il y a ceux et celles qui se prétendent professionnels, et des pilotes amateurs qui ne se conforment pas aux règles de sécurité, notamment près des aéroports, déplore-t-il. « Les utilisateurs ne sont pas tous conscients du danger. Ils ne réalisent pas qu’ils jouent dans un espace aérien. À terme, lorsqu’il y aura un accident grave, ça va nuire à toute l’industrie. »

Marc Moffatt, du CED, compare un drone en vol près d’un aéroport à un orignal qui s’arrête sur une route. Le problème, illustre-t-il, c’est que le pilote d’avion qui aperçoit le petit appareil, tout comme l’automobiliste qui voit l’orignal, n’a aucun moyen de savoir ce que l’engin va faire. Transports Canada a déjà répertorié plusieurs incidents impliquant des drones dans des zones aériennes réservées aux avions de ligne. « Et ça va être pire après Noël », glisse Marc Moffatt, qui croit que les populaires appareils seront nombreux sous le sapin cette année.

Le gouvernement fédéral est bien conscient du danger que pose la prolifération des drones dans le ciel canadien et a l’intention de faire sa part pour minimiser les risques. Il a mené une consultation et prévoit déposer, courant 2016, une nouvelle réglementation balisant l’usage des drones. En coulisses, on évoque déjà la possibilité pour les entreprises d’obtenir un permis de vol annuel, à la manière d’une compagnie d’aviation.

Chose certaine, le marché québécois du drone va se consolider, anticipe Nicolas Léonard, de TerraScan 3D. « Actuellement, c’est la ruée vers l’or, mais ça ne durera pas », croit-il. « Ce ne sera plus le Far West. Le prix des drones va baisser et les technologies vont encore s’améliorer », ajoute son collègue Michel Drolet. Patrick Côté est tout aussi optimiste. Il a bon espoir de voir les entreprises illégales plier bagage et laisser place aux joueurs plus sérieux. Par-dessus tout, il ne voit pas la potentielle multiplication de drones dans l’espace aérien comme une menace, mais plutôt comme une occasion à saisir. « Dans le futur, les drones vont nous aider dans plusieurs secteurs. Ils vont travailler pour nous. Tout dépend de ce qu’on veut leur faire faire. »

Réglementation actuelle
Pour les entreprises : De manière générale, pour utiliser un aéronef sans pilote (ou drone) à des fins professionnelles, les entreprises doivent obtenir une autorisation de Transports Canada si leur engin pèse plus de 25 kg. Si l’appareil pèse moins de 25 kg, elles peuvent obtenir une exemption pour l’utiliser sans permission.
Pour les amateurs : L’usage d’un drone à des fins récréatives ne requiert pas d’autorisation spéciale, mais Transports Canada exige que l’utilisateur respecte notamment les règles suivantes : garder l’appareil à vue, ne pas voler à plus de 90 mètres d’altitude et se tenir à plus de 9 kilomètres d’un aéroport.

Des drones à toutes les sauces
– Quelques applications courantes ou en développement.
– Photos et vidéos.
– Cartographie.
– Inspection de barrages ou de pipeline.
– Analyse de sols.
– Inventaires.
– Reconstitution de scènes d’accident.
– Recherches policières.
– Livraison de colis ou de médicaments.
– Utilisation à des fins militaires.

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.