Société

Montréal International: toujours pertinent

Née dans le ressac du référendum de 1995, Montréal International aura 20 ans en 2016. L’institution impose encore toute sa pertinence dans cette réalité économique plaçant les grandes métropoles en concurrence pour attirer les investissements directs, la main-d’œuvre spécialisée et les talents tout en rivalisant pour accroître leur portée à l’échelle internationale.

Le président du conseil d’administration de Montréal International (MI), L. Jacques Ménard, cite l’ouvrage de Bruce Katz, The Metropolitan Revolution, pour mettre en exergue cette conclusion voulant que 80 % des exportations mondiales viennent des 400 grandes villes, et non des régions-ressources. « Si le Québec aspire à retrouver une croissance du PIB potentiel au-dessus de 2 %, Montréal devra nettement accroître sa performance, à l’extérieur », dit-il.

« MI a bien vieilli. Et elle est plus nécessaire que jamais. » Tel est le constat de Jacques Girard, premier PDG de l’institution, qui a occupé sa présidence de 1996 à 2004. « La morosité était évidente. Montréal s’interrogeait sur elle-même. Le maire de l’époque, Pierre Bourque, cherchait une façon de remobiliser les Montréalais. On en a retenu que la tradition internationale de Montréal pouvait être un point de ralliement. »

Il y avait consensus : il faut attirer des investissements directs étrangers, attirer également des employés stratégiques, et multiplier la présence des grandes organisations internationales. Une réticence, toutefois, se faisait sentir, plus fortement sur la Rive-Nord que sur la Rive-Sud. « Nous étions toujours dans une situation ou un représentant vendait Laval à l’étranger, un autre Longueuil et un autre Montréal. Il fallait cesser de nous concurrencer les uns les autres ! Nous devions concentrer nos énergies et nos forces vives sous une approche « grand Montréal », faire la promotion d’une grande région qui abrite aujourd’hui 4,2 millions de personnes », relate Jacques Girard.

Le PDG de la première heure est fier du travail accompli et de l’évolution de l’institution. « Il existe aujourd’hui une belle collaboration entre MI et les grappes Santé, Aéronautique, Finance, Tourisme et Technologie de l’information. De beaux partenariats, aussi, avec Investissement Québec », énumère-t-il. Relativement à cette société d’État qui a pour mission de contribuer au développement économique du Québec, MI se présente plutôt comme un organisme à but non lucratif issu d’un partenariat public-privé. Son budget annuel de 14 millions de dollars, tous revenus compris, provient principalement des contributions des partenaires, à hauteur de 10,3 millions, et s’appuie pour le quart sur le privé.

L’organisme a l’avantage de regrouper des représentants des gouvernements du Canada et du Québec, de la Communauté métropolitaine de Montréal, de la Ville de Montréal et de l’entreprise privée. « Une telle représentation ouvre des portes plus rapidement. Cela ajoute de la profondeur au rôle de facilitateur de l’institution », souligne Jacques Girard.

Le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, évoque également l’importance pour la grande région métropolitaine de communiquer un message unifié. Il voit en MI une incarnation intégrée réunissant les trois grands paliers gouvernementaux et qui collabore en partenariat avec le privé.

« Et ça fonctionne », souligne Harout Chitilian, vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal. Observe-t-on des dissensions, des tensions, ou encore des craintes que la Ville de Montréal rafle tout ? « Il s’agit de quelque 80 municipalités, dont les enjeux sont spécifiques, mais qui ont à cœur la vitalité économique de cette grande région abritant plus de la moitié de la population du Québec », répond celui qui siège également au conseil d’administration de MI.

Vue sur l’extérieur

L. Jacques Ménard préside ce conseil depuis un an. Le numéro un de la Banque de Montréal au Québec relève l’effet multiplicateur de l’investissement direct étranger et mentionne les filiales des sociétés étrangères présentes ici : elles représentent 1 % des sociétés installées, mais 9 % des emplois et 20 % du PIB. Il insiste également sur la priorité à accorder à l’exportation. « La croissance vient des emplois qui visent les marchés extérieurs. Les emplois tournés vers le marché intérieur s’adressent à une population et à un revenu par habitant qui n’augmentent pas », dit-il.

« Nous sommes une petite économie ouverte, nous dépendons plus que jamais des marchés extérieurs, alors que la part du Québec dans l’exportation mondiale baisse constamment. Montréal, locomotive économique du Québec, se doit de fournir une bonne, une meilleure performance. » Ce financier, également Grand Montréalais, cite The Metropolitan Revolution pour faire ressortir que les quelque 400 grandes villes de la planète abritent 84 % de la population mondiale et accaparent 80 % des exportations de biens et services, et 90 % des exportations des services seuls. Et il martèle que ces villes se livrent une concurrence très vive.

Jacques Ménard revient à cette mission à trois volets de MI et de sa petite équipe de 60 personnes, qui consiste à attirer les investissements directs étrangers, les organisations internationales et la main-d’œuvre spécialisée, voire les talents internationaux. S’y greffe le rôle de promoteur à l’étranger de Montréal en tant que centre d’affaires et facilitatrice : « C’est une chose de faire venir tous ces gens et ces investissements, encore faut-il ensuite les accompagner ! ». Un rôle, aussi, de soutien et de vigie : « Si tu as quelque chose de bon, les autres le veulent aussi ». Jacques Ménard rappelle cette manœuvre qu’a menée le Qatar en 2013 pour ravir à Montréal le siège canadien de l’Organisation de l’aviation civile internationale. La mobilisation a été générale et il a fallu tout un travail de diplomatie pour contrecarrer les visées du Qatar, dit-il.

Les succès

MI cumule les succès dans les secteurs du jeu vidéo, des technologies de l’information, du génie, de la santé et de la pharmaceutique, précise son président du conseil. Les trois quarts du montant global des projets d’investissement facilités chaque année se situent dans les secteurs de la haute technologie. Auprès des organisations internationales, MI revendique une contribution pour moitié à cet écosystème qui fait de Montréal le troisième pôle en Amérique du Nord, après Washington et New York, affirme-t-il. S’y ajoute, depuis 2010, l’organisation de 12 missions de recrutement à l’étranger, qui ont permis à quelque 80 entreprises de la région montréalaise d’embaucher près de 800 travailleurs qualifiés et expérimentés.

MI a connu une année 2014 record avec une quarantaine de projets totalisant 867 millions de dollars et qui ont apporté 3 279 emplois. Elle poursuit sur cette lancée en 2015 : déjà une cinquantaine de projets, pour des investissements de plus de 900 millions. Le tout devrait s’accélérer avec le lancement, en septembre, de Contact MTL, visant à créer, sur deux ans, un réseau de 10 000 ambassadeurs de la grande métropole autour du globe.

Bref, Michel Leblanc, de la Chambre de commerce, estime qu’« avec MI, nous sommes bien outillés. Nous qui sommes généralement contre la multiplication et la fragmentation des organisations, nous estimons que MI a une taille suffisante pour être efficace tout en étant distincte. Il faut y voir une complémentarité des rôles : de son côté, la Ville ne peut pas assumer une logique métropolitaine ; tandis que nous, à la Chambre, nous n’avons pas de représentation gouvernementale. En tant qu’organisme privé, nous n’avons pas la légitimité pour assurer le mandat public d’attirer les investisseurs étrangers. »

Quant à un possible dédoublement entre MI et Investissement Québec, Michel Leblanc affirme qu’« on n’a pas toujours été bien servi avec Investissement Québec. Les deux n’ont pas toujours été en phase, quoiqu’on assiste depuis quelque temps à un rapprochement dans la complémentarité. » Selon Jacques Ménard, MI sert de catalyseur qui incite les autres organismes à demeurer dynamiques.

Et après ?

Pour la suite, et alors qu’une relève à la présidence de MI suit le saut en politique québécoise de Dominique Anglade, « nous avons des attentes claires, insiste Harout Chitilian. Les objectifs sont là. Premièrement, l’attraction des investissements directs étrangers, ce qui implique la consolidation des acquis et le développement de perspectives d’avenir nouvelles. Puis, la préservation du statut de Montréal auprès des organisations internationales. Ensuite, l’attraction de talents et d’expertise de pointe. Enfin, la promotion de Montréal à l’étranger. » Le vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal souhaite un enchaînement à l’alignement stratégique esquissé par la présidente sortante. « Nous ne voulons pas six à huit mois de réflexion supplémentaires. Nous voulons de l’action. Les autres villes bougent rapidement. »

Pour sa part, Michel Leblanc soutient que MI a davantage joué un rôle de prospection, et moins de promotion, au cours des dix dernières années. Il espère ainsi une insistance plus grande sur cette promotion à l’étranger de Montréal comme place d’affaires, et davantage de visibilité sur les diverses plateformes.

Il souligne enfin l’importance pour MI d’être fidèle à son nom et de demeurer ainsi une ambassadrice de la région métropolitaine sur la scène internationale. « Son rôle à l’étranger est essentiel et devrait être maintenu sans déviation. Nous, nous amenons les entreprises à exporter. MI attire celles de l’étranger », résume-t-il.

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