Québec
Culture

Le Bonheur à la Bonne Heure

Le temps des Fêtes convoie son lot de sorties et de festivités, souvent planifiées depuis des semaines. Ces légendaires partys de bureau se déclinent au pluriel, ici avec des collègues, là avec des clients, le tout saupoudré de lunchs de service, de soupers pour les employés, etc. Dans ce contexte, quoi de mieux pour se détendre que de s’offrir un cinq-à-sept ? Forces vous propose un palmarès tout à fait subjectif d’adresses montréalaises, arrosé de recommandations d’amateurs et de véritables professionnels. Santé !

Une incursion dans le cyberespace nous apprend que « cinq-à-sept » est une expression québécoise. Le rituel du happy hour remonterait, selon certains, au début du 20e siècle, en raison de la prohibition – on buvait avant d’aller au resto. D’autres esprits scientifiques signalent que le cinq-à-sept a pour vocation de remplir les débits de boisson qui proposent des formules de type « 2 pour 1 » ou des rabais pour attirer les clients à une heure creuse. À ce chapitre, plusieurs pays et villes interdisent toute promotion sur l’alcool afin de contrer les conséquences de soirées trop arrosées – par exemple, kidnapper un lama et le faire monter à bord d’un tramway, exploit récemment accompli à Bordeaux par des fêtards en délire. Au Québec, si les rabais dans les établissements sont tolérés, il est illégal de les promouvoir. Les cinq-à-sept représentent aussi un moment de transition – les esprits chagrin diront « une soupape » – entre nos réalités professionnelles et personnelles. Ils sont également un outil de réseautage, et parfois même de charmantes rencontres. Quoi qu’il en soit, le plaisir doit primer, car qui souhaite gâcher ses soirées en mauvaise compagnie ?

Du Vieux-Montréal à Verdun

Le Vieux-Montréal et les secteurs s’allongeant vers l’ouest – Quartier de l’innovation, Petite Bourgogne ou Griffintown – transforment le visage de Montréal. La panoplie de nouveaux bars et de restaurants qui s’y implantent, rue McGill ou Wellington (Verdun), concourt à ce renouveau urbain. Martine Desjardins, avocate et éditrice chez Newad, affectionne les adresses du Vieux-Montréal : « J’aime les soirées caritatives et les vernissages, particulièrement ceux du Centre Phi, l’endroit le plus trendy à Montréal en ce moment. J’aime l’idée de boire pour une bonne cause, d’encourager les artistes et designers dans cet espace où le crowd est un beau mélange de tous les âges… » Sa stratégie ? « Je tente de me tenir près des canapés et de gérer mon vin, de qualité inégale selon les événements ! » Parlant du Centre Phi, sa directrice des relations publiques et du développement, Myriam Achard, recommande de poursuivre l’expérience au nouveau Orange Rouge (106, rue De La Gauchetière Ouest), « un restaurant idéal pour une petite bouchée. C’est populaire, délicieux, et le canard est un incontournable ».

Toujours dans le Vieux-Montréal, fréquentons les bars d’hôtels. Celui du W Montréal (901, square Victoria) est évidemment une valeur sûre : classe, chic, stylisé. Les terrasses sur les toits de la Suite 701 (Hôtel Place d’Armes – 55, rue Saint-Jacques Ouest) et du Nelligan (106, rue Saint-Paul Ouest) offrent des panoramas exceptionnels sur Montréal. Discret, un brin old school, le bar à absinthe Sarah B. de l’Hôtel InterContinental (360, rue Saint-Antoine Ouest) est souvent fréquenté par les clients. Résultat : on se croirait en voyage dans une autre ville… et comme dans un rêve lorsqu’arrive, avec notre bière, une généreuse combinaison de noix savoureuses, gratuite. Le Joverse (52, rue Saint-Jacques) cristallise la mutation d’un quartier parmi les plus vibrants au pays : évocation industrielle, bois, verre, cocktails et menu créatif, l’endroit est résolument chic-urbain, festif et chaleureux. « Le chef Matty [Matt McKean] est un tripeux de téquila et de mezcal, qu’il nous fait découvrir en importations privées. La musique est excellente, avec des DJ comme Stéphane Belfort ou Yves Laurain », souligne Marie-Annick Boisvert, vice-présidente Relations publiques et médias sociaux à l’agence Bleublancrouge. Ex-organisatrice d’événements parmi les plus mémorables à Montréal, elle en profite pour nous donner sa recette du cinq-à-sept gagnant : « J’aime découvrir de nouveaux endroits et venir à l’ouverture. Il y a une effervescence et… les consommations sont gratuites ! » Selon elle, un cinq-à-sept réussi doit tabler sur « un lieu chaleureux avec de la bonne musique, une belle clientèle pas trop jeune, pas trop de cravates, de la bonne bouffe. L’ergonomie est importante : je préconise les tables hautes plutôt que basses, et j’aime les mixologues qui nous font découvrir de nouveaux cocktails. » À ce chapitre, l’Assommoir (211, rue Notre-Dame Ouest) et ses exquises admixtions sont tout indiquées. On aime aussi la Bistro-brasserie les Sœurs grises (32, rue McGill) pour ses bières artisanales, ses bons plats et son personnel engageant.

Verdun ? Oui. Ouvert en mai, le Benelux (4026, rue Wellington) est signé Bruno Braën, maître ès design bars et restaurants. Cette somptueuse brasserie artisanale propose un vaste choix de bières et de découvertes. L’ambiance est à l’avenant, la fenestration ouverte sur les cuves impressionne. Nous voilà donc comblés, dans Verdun la branchée, remerciant au passage l’arrondissement d’avoir délivré son premier permis de bar depuis 1875. L’endroit s’avère idéal pour explorer ces restaurants innovants qui poussent sur la Promenade Wellington.

L’omniprésent Bruno Braën signe aussi la déco de deux autres superbes adresses cinq-à-sept. D’abord le Pullman (3424, avenue du Parc), espace qui étonne avec ses deux conversation pieces, soit la photo de Robert Bourassa et l’immense lustre constitué d’une pyramide de verres à vin. Arnaud Granata, vice-président et directeur des contenus chez InfoPresse, penche pour « un sancerre ou un chablis, accompagné de charcuteries d’ici. J’aime l’ambiance détendue, la mixité de la clientèle, tantôt constituée de gens d’affaires, tantôt du milieu des arts. Le Pullman est aussi à mi-chemin entre le centre-ville et le Plateau, la déco est simple, efficace, le service est parfait et les rencontres autour d’un verre s’éternisent toujours ! » Myriam Achard, du Centre Phi, abonde dans son sens : « La sélection de vins est incroyable, et les conseils de la sommelière, Véronique, sont incontournables. »

Centre-ville

Étonnant (ou pur snobisme?), les adresses d’exception ne sont pas légion dans un secteur pourtant très dense. Cette réalité est heureusement contrebalancée par des valeurs sûres, dont le Phillips Lounge (1184, place Phillips) qui propose deux superbes espaces, un lounge et un salon – pouvant accueillir des événements privés – sur fond de cuisine variée et d’atmosphère animée par la faune des bureaux environnants. Le Phillips est raffiné, affirmé, et à proximité des tours du centre-ville. Beaucoup plus discret, le Furco (425, rue Mayor) constitue l’adresse coup de cœur de milliers de citadins. L’espace, vaste et ceint de boiseries, est blindé d’énergiques professionnels carburant à l’enthousiasme. Le menu alcool-bouffe est inventif, on s’y entend parler, les prix sont sympas. Le Furco est parfait pour le centre-ville, dans sa version conviviale. Le Dominion Square Tavern (1243, rue Metcalfe) est également un must. La déco géniale et les proportions spatiales nous plongent dans la chimérique brasserie d’une gare d’Europe. Excellent pour ouvrir son esprit, et son appétit : le menu est à la fois séduisant et rigoureux.

La Main, Le Mile-End, Le Japon

Autre adresse signée Bruno Braën, le Big in Japan (4175, boul. Saint-Laurent). Aucune devanture distinctive, qu’une misérable porte rouge s’ouvrant sur un étroit couloir qui, tel un coup de théâtre, débouche sur cet espace-alcôve vaporeux : ce premier coup d’œil s’imprime tel un sceau indélébile sur le passeport de nos meilleurs souvenirs. L’endroit est éclairé par des lampions, on prend place sur des chaises amovibles, à des comptoirs-labyrinthes transparents, surplombés de bouteilles d’alcool accrochées au plafond. On découvre entre autres des whiskies japonais et des sakés importés, des cocktails jouissifs, servis par des serveuses au look étonnant – chemise blanche et nœud papillon. En sourdine à cette trame, des musiques aux effluves rétro, comme du Aznavour.

À quelques carrés de trottoirs, le Laïka (4040, boul. Saint-Laurent) assume ses mutations quotidiennes : repaire de MacBook et de travailleurs autonomes le jour, ponctué d’un menu midi qui gagne en galons, l’endroit est parfait pour des cinq-à-sept décontractés. Les dj s’y relaient, les projections sur les murs hypnotisent ou font sourire. « C’est idéal pour une soirée informelle. L’endroit est autant fréquenté par des geeks que par des designers ou des publicitaires », observe Arnaud Granata, d’Infopresse. « On peut y prendre un verre assis ou debout, à deux ou en groupe. J’y rencontre toujours des amis, ce qui crée de belles synergies. » C’est ainsi que, pinte de blonde dans une main et grilled cheese dans l’autre, on goûte depuis 15 ans les charmes du Laïka.

Plus au nord, Saint-Laurent prolonge sa formidable métamorphose entre l’avenue du Mont-Royal et la rue Saint-Viateur. Une promenade de 15 minutes révèle l’impressionnante quantité de nouvelles adresses. Côté valeur sûre, en angle avec l’édifice Ubisoft, le Waverly (5550, boul. Saint-Laurent) nous fait réaliser combien la perception du temps est une notion élastique. Merci à la musique variée et à la faune bigarrée de ce rare endroit où se côtoient âges et styles dans un état d’esprit totalement ouvert. Martine Desjardins y apprécie « la clientèle un peu nerd, composée d’ubisoftiens et de professionnels. Ce n’est pas compliqué, pas besoin de s’apprêter ! La première fois, j’ai commandé un Tom Collins avec du Perrier. J’ai adoré, et depuis, c’est la seule chose que je bois au Waverly », annonce-t-elle.

Parlant d’Ubisoft, son vice-président Communications et ressources humaines, Cédric Orvoine, nous partage deux adresses. Le Bar sans nom, qui n’a ni nom, ni enseigne, est situé au 5295, avenue du Parc. L’endroit pourrait évoquer un établissement du Sud, dans les années 1970. Mix de rétrofuturisme et de postsurrané. « J’aime beaucoup son atmosphère tropicale, sa liste de cocktails haut de gamme, ses serveurs et serveuses maniérés, ses palmiers et son mobilier style cubain. Le Bar sans nom est vraiment une oasis chaleureuse pour les soirs d’hiver, dans la mesure où l’on évite d’abuser des cocktails magnifiquement concoctés ! » Cédric Orvoine aime aussi piquer une pointe plus au sud, à la Buvette chez Simone (4869, avenue du Parc). Avocats, cadres, architectes, réalisateurs, étudiants ou créatifs distillent le bon temps qui passe, les bonnes vibrations musicales et le menu bouffe qui prolonge les plaisirs, que l’on se pose à l’intérieur ou en terrasse. « C’est déjà un classique, un des premiers troquets de Montréal à mettre de l’avant les vins nature et autres trouvailles provenant des petits distributeurs d’ici. » La Buvette propose en effet un large éventail de vins au verre, autant d’occasions de découvertes. « J’y choisis presque toujours un vin de soif, Pinot noir ou Gamay, que j’accompagne du fameux poulet rôti de la Simone. » Santé à tous !


Et encore… mix de cinq-à-sept


L’Île Noire Pub : pour ses 140 scotchs (1649, rue Saint-Denis)

Quai No. 4 : pour le plaisir, rue Masson et quartier Rosemont (2800, rue Masson)

Le LAB : speakeasy et drinks créatifs (1351, rue Rachel Est)

Imadake : brasserie japonaise éclatée et éclatante (4006, rue Sainte-Catherine Ouest)

Burgundy Lion : gastropub et Petite-Bourgogne (2496, rue Notre-Dame Ouest)

Le Sainte-Élisabeth : pour la magie de sa terrasse (1412, rue Sainte-Élisabeth)Petit guide subjectif du cinq-à-sept à Montréal

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