Économie
Société

L’intolérable « un pour cent »

Le fameux « un pour cent » qui a enflammé une partie de l’opinion américaine et la jeunesse de New York en particulier (et celle de Montréal, sans véritables fondements locaux) vient de se trouver un homologue, planétaire celui-là. En effet, le Credit Suisse nous apprend que 1 % de la population mondiale contrôle 31 % de la richesse matérielle de l’humanité. Et ce n’est pas tout : cet écart s’élargit ! Il appert que la crise des dernières années n’ait pas eu encore les effets curatifs espérés, même si certains semblent se manifester en Europe et ailleurs.

Le fameux « un pour cent » qui a enflammé une partie de l’opinion américaine et la jeunesse de New York en particulier (et celle de Montréal, sans véritables fondements locaux) vient de se trouver un homologue, planétaire celui-là. En effet, le Credit Suisse nous apprend que 1 % de la population mondiale contrôle 31 % de la richesse matérielle de l’humanité. Et ce n’est pas tout : cet écart s’élargit ! Il appert que la crise des dernières années n’ait pas eu encore les effets curatifs espérés, même si certains semblent se manifester en Europe et ailleurs. Or, il serait irresponsable, avec les signes avant-coureurs qui réapparaissent, de ne pas prendre les précautions requises pour éviter une reproduction globale de ce que les inégalités étasuniennes ont fini par provoquer.

Heureusement, parallèlement à ces statistiques déconcertantes, d’autres nous fournissent certaines consolations. La Banque Mondiale, fidèle à sa juste obsession de faire reculer la pauvreté individuelle, nous annonce régulièrement des progrès vers son objectif du millénaire. Le fameux seuil, par ailleurs modeste, de 1,25 dollar par personne et par jour est enfin dépassé presque partout, et de façon spectaculaire dans certaines régions. Même en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, les tendances sont positives. Bien entendu, la Chine poursuit, non sans quelques alarmes liées à ses considérables difficultés de gestion, sa prodigieuse croissance. Les pays du bric continuent eux aussi sur leur lancée.

Le phénomène est donc le suivant : l’écart se resserre entre les continents et s’élargit entre les individus. Autrement dit, tout le monde s’enrichit, mais les uns d’une façon scandaleusement plus rapide que les autres. Cela ne peut conduire qu’à l’accumulation de frustrations sociales potentiellement très explosives. Dans des pays de plus de un milliard d’habitants, une telle situation peut conduire à des révoltes en proportion, surtout à l’ère du téléphone portable ! Une immense manif est vite organisée. Globalement, c’est le cas de le dire, les alarmistes qui présentaient la mondialisation comme un complot des pays riches pour appauvrir les pays pauvres se sont trompés, et de façon spectaculaire. Le phénomène a fait beaucoup de gagnants, davantage au sein des pays pauvres et très pauvres que dans les pays riches, qui en ont tout de même profité également.

Des milliards d’êtres humains se nourrissent aujourd’hui de façon convenable alors qu’il y a moins d’un demi-siècle, la faim tuait des centaines de millions d’individus. Les doctrines du « Petit livre rouge » ont fait mourir beaucoup de monde, tandis qu’aujourd’hui, les Chinois de la classe moyenne s’alimentent comme les Occidentaux et commencent à connaître les mêmes problèmes de surcharge pondérale que les Américains.

En tant qu’êtres humains, comment nier les avantages primaires mais réels de cette mondialisation qui, à cet égard, devrait séduire à gauche comme à droite ? D’ailleurs, il n’y a pratiquement plus d’« antimondialistes », mais plutôt des « altermondialistes », ce qui est sain, car ce puissant phénomène planétaire doit être surveillé, régulé et civilisé pour devenir encore plus avantageux. C’est précisément ce à quoi les chiffres récents sur les abyssales disparités qu’ils révèlent doivent nous conduire. Car il y a là une belle occasion de convergence gauche/droite dans la dignité. Le virage que vient de prendre François Hollande, qui dirige l’un des partis idéologiquement le plus à gauche des pays développés, devrait faire comprendre que positions doctrinaires et réalités contemporaines sont de moins en moins conciliables. Tony Blair l’avait déjà bien compris en soulignant que plutôt que l’égalité pour tous, il faut viser l’égalité des chances pour tous. La nature humaine dans ses meilleurs aspects fera le reste.

La crise mondiale qui nous touche encore montre bien que rechercher la juste répartition de la richesse est un devoir économique autant que social. La non-répartition et les écarts scandaleux ont tué la croissance américaine, puis mondiale. Gardons-nous de reproduire le même scénario à l’échelle planétaire, car les dégâts seraient proportionnels.

Un des facteurs de perturbation, en Occident comme ailleurs, est le manque d’éthique doublé de certaines complaisances étatiques, elles-mêmes fortement encouragées par des segments négligents de la classe d’affaire. Une grande proportion de la source des intolérables inégalités est abritée dans les paradis fiscaux, situation d’autant plus dommageable que les États nationaux, pour la plupart en difficultés financières, sont les premières victimes de cette infamie. La bonne nouvelle c’est que la guerre aux échappatoires fiscales diverses est bel et bien déclarée. L’épicentre de ce vicieux phénomène fut et demeure le secret bancaire; la mésaventure Cahuzac l’a bien démontré. Or, les gouvernements dans leur ensemble ont récemment resserré de façon draconienne leur contrôle en cette matière.

Que le Luxembourg, dépourvu de ressources naturelles et dont la population est moindre que celle de la Ville de Laval, ait développé le pib par habitant le plus élevé du monde est ahurissant. En dépit d’une légalité formelle, on s’y est forcément écarté de la vertu et de l’éthique. Les signaux clignotants sont donc en place pour que s’organise une répartition juste et raisonnablement réglementée de la richesse entre individus comme entre pays.

Le système idéaliste et répartiteur du communisme a lamentablement échoué. Les rapports anarchiques entre pays ont fait leurs ravages en 14-18 comme en 39-45. À notre époque, nous savons donc par expérience ce qu’il ne faut pas faire.

Espérons que nous sommes sur la juste voie économique et sociale. J’ose une image audacieuse : tentons de réconcilier Adam Smith et Karl Marx dans un Bretton Woods contemporain qui nous mettrait, osons espérer, sur la voie de décennies glorieuses… 

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