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Saint-Henri - Joyau Patrimonial, Industriel et Technologique

Le Musée des Ondes Emile Berliner: Franchir le Mur du Son

En retrait des grandes artères et du traditionnel circuit muséal, l’édifice rca, dans Saint-Henri, abrite depuis bientôt 20 ans le Musée des ondes Emile Berliner, vibrant témoignage de l’évolution technique et technologique du quartier, du Canada et, ici sans superlatif, du monde.

Avant d’entrer dans le musée, rapide survol du parcours d’Emile Berliner, dont le destin s’amalgame aux innovations des Bell, Edison et Marconi.

Né en Allemagne en 1851, le futur inventeur et homme d’affaires, à 19 ans, traverse l’Atlantique à bord d’un bateau à destination d’une Amérique des possibles. Le jeune Berliner s’installe d’abord à Washington, transforme son appartement en laboratoire d’électricité, puis, en 1877, dévoile l’invention du premier microphone. Une révolution qui permettra au téléphone d’Alexander Graham Bell d’effectuer un pas de géant.

Onze ans plus tard, en 1888, fort de la vente de son brevet et de six années à la Bell -Company, Berliner fait breveter sa plus remarquable invention : le gramophone. Du coup, il conçoit le disque plat et la matrice pour le graver. Exit le phonographe d’Edison. Une industrie majeure est née.

Du Gramophone à l’iPhone

Au début du 20e siècle, la Berliner Gramophone Company s’installe à Montréal. La société connaît un âge d’or durant lequel elle fabrique et distribue des gramophones et des millions de disques. En 1908, Berliner se porte acquéreur d’un terrain délimité par les rues Lacasse, Saint-Antoine et Lenoir. L’entreprise se dote alors d’une usine, l’une des plus modernes de la métropole, à l’endroit même où le Musée des ondes sera inauguré près de 100 ans plus tard.

En parallèle aux inventions de Berliner s’active à l’époque une valse effrénée de fusions, d’acquisitions, de droits et de brevets territoriaux. Cette ruée vers les inventions engendre un flou autour de la propriété intellectuelle et un certain chaos commercial, mais au final, érige les principaux piliers d’une vaste gamme d’objets utilitaires et de divertissement toujours en vogue aujourd’hui.

La société rca deviendra plus tard propriétaire de l’entreprise fondée par Berliner, propulsant à partir de Montréal l’une des plus prestigieuses icônes de l’histoire commerciale, soit l’image du chien terrier – nommé Nipper –, posté devant le cornet acoustique d’un gramophone, écoutant la voix de son maître (His Master’s Voice ou hmv).

À Paradis City

En 1940, l’usine fondée par Berliner occupe désormais 300 000 pieds carrés. rca Victor devient le plus important fabricant de disques au pays et restera présente à Montréal jusqu’en 1978. Emile Berliner repartira aux États-Unis, où il mourra en 1929, mais l’empreinte que lui et son fils Herbert laissent sur Montréal demeure tangible. Tout d’abord, Montréal sera toujours liée à l’aventure d’Emile Berliner et de ses inventions mythiques. En effet, l’ancienne usine aujourd’hui reconvertie en lofts commerciaux héberge le musée, mais également le Studio Victor, espace d’enregistrement où des artistes ont défilé depuis plus de 70 ans, d’Oscar Peterson à Alys Robi, de Willie Lamothe à Jean Leloup – qui y a d’ailleurs gravé son plus récent vertige, À Paradis City, lancé en début d’année.

Construite en 1943, la salle rca du Studio Victor préserve un procédé acoustique dit « polycylindrique », l’une des seules du genre encore en activité dans le monde. Ce traitement acoustique est intégré à l’architecture. Dans le magnifique et solennel espace, on croirait évoluer à l’intérieur d’un immense violoncelle. La -composition d’origine du vaste quadrillage de bois courbé recouvrant les murs génère un système naturel de diffusion, d’absorption et de réfraction du son.

Des ondes sous le radar

Depuis 1996, le musée rend donc hommage à l’histoire de l’enregistrement et de la diffusion sonore, en proposant aux visiteurs des expositions qui, chaque année, nous plongent directement au cœur de l’évolution culturelle, humaine et commerciale de cette industrie. L’on est frappé par le peu de rayonnement de ce lieu qui mérite à l’évidence un destin plus prometteur.

Car ce qui fascine ici, au-delà de la panoplie d’objets que l’on y découvre, c’est qu’au-delà de leur fonction première, ces artefacts témoignent de la contribution de Montréal à l’évolution du design, de la créativité et de l’innovation, autant de pôles que la métropole valorise dans le positionnement de sa marque et de son identité. Mais avec moins de 2 000 visiteurs par an, le musée semble avoir besoin d’une cure de rajeunissement et d’une bonne dose d’ondes positives.

Projet de relance pour ses 20 ans

À l’aube de ses 20 ans, le musée se trouve à la croisée des chemins. Malgré une programmation de haute valeur qui rassemble plus de 30 000 pièces dont plusieurs rivalisent d’inventivité et de splendeur, les espaces, restreints et plutôt vétustes, ne sont pas adaptés pour exposer dans les règles de l’art une telle collection.

Porté à bout de bras par un conseil d’administration et une équipe de bénévoles passionnés, le musée requiert donc un sérieux coup de barre s’il souhaite entrer sur la scène des destinations touristiques, culturelles et éducatives de Montréal.

Quel avenir pour le musée ?

Consciente et sereine plutôt qu’alarmiste, la directrice du développement, Meggie Savard, est la seule employée permanente de l’établissement. De son bureau, elle s’active à penser le futur musée, à élaborer et à concrétiser un plan de relance et à mobiliser des partenaires. Simplement dit, elle a du pain sur la planche : « Les progrès technologiques liés aux ondes sonores ont façonné notre culture et sont un vecteur de développement culturel et économique à l’échelle mondiale. C’est pourquoi nous devons favoriser l’innovation et également devenir un espace technologique où convergeront chercheurs, collectionneurs, industries, étudiants et grand public », analyse-t-elle.

Muséologue de formation, Meggie Savard a notamment travaillé comme conservatrice au Musée de Charlevoix. Elle s’active à consolider un partenariat avec les propriétaires de l’édifice rca puis à intéresser les instances privées et publiques à un plan de relance estimé à 6,5 millions de dollars.

Dans ses grandes lignes, ce projet de revitalisation prévoit la modernisation et l’agrandissement des salles d’exposition, la mise à niveau de ses infrastructures de conservation, une croissance de l’achalandage et des adhésions ainsi que l’assurance de continuer d’évoluer sous le toit qui a vu naître le musée, le studio et l’ancienne usine fondée par Berliner.

Meggie Savard souligne que l’acquisition stratégique du Studio Victor est aussi au cœur du projet de relance afin d’en assurer la pérennité, notamment en bonifiant sa mission initiale par des aménagements plurifonctionnels, y compris l’utilisation de sa salle d’enregistrement comme espace événementiel, ou encore la création d’un toit-terrasse proposant de rares panoramas sur un Montréal postindustriel.

Nouvelle exposition :

Les années de guerre

À partir du 12 avril, l’exposition Les années de guerre retracera le parcours de la radio comme outil d’information, de divertissement et de propagande durant la Deuxième Guerre mondiale. On y trouvera des pièces provenant de partout dans le monde, certaines fabriquées en Allemagne ou à Montréal, et destinées à l'ex-URSS.

Le coût d’entrée au Musée des ondes Emile Berliner est modique et la visite s’effectue en moins d’une heure. Les jours et les heures d’ouverture sont affichés à : moeb.ca. À noter qu’entre le 1er avril et le 1er juillet, les salles d’exposition seront relocalisées en raison de certains travaux de mise à niveau.

Virée dans Saint-Henri

Comme plusieurs quartiers de Montréal, le Sud-Ouest connaît un essor notable grâce à l’arrivée d’une nouvelle génération de résidents et de visiteurs qui transforment cette partie de la métropole avec énergie et créativité. Pensons à la revitalisation du canal Lachine, à l’explosion de nouveaux restaurants rue Notre-Dame ou encore au Marché Atwater. Finie l’époque où certains traitaient Saint-Henri de haut. Le décor de Bonheur d’occasion est aujourd’hui porté par l’énergie d’adresses invitantes.

On prolonge donc la visite du Musée des ondes en visitant la Parisian Laundry, adresse qui elle aussi conjugue passé, présent et futur. Cette immense galerie d’art met en valeur sur deux étages une stimulante programmation d’artistes nationaux ou internationaux contemporains. On y découvre à plaisir et étonnement l’ancienne salle des mécaniques, surnommé « le bunker ». 3550, rue Saint-Antoine Ouest. parisianlaundry.com

Entre deux expos, le Café Saint-Henri également torréfacteur sert l’un des meilleurs cafés à Montréal, dans une ambiance sympathique et attentionnée. On ne peut que repartir avec quelques sacs de café sous le bras ! 3632, rue Notre-Dame Ouest. sainthenri.ca

À l’heure du souper, le restaurant Satay Brothers est un must ! La fraîcheur et l’originalité de cette cuisine singapourienne s’expriment dans un lieu tout aussi chaleureux que l’accueil. Sa soupe Laksa, plat parfait où s’expriment superbement l’éclat et l’harmonie des saveurs, des textures et des épices, vaut tous les détours. Une destination inventive et abordable, qui attire toutes les générations. 3721, rue Notre-Dame Ouest. sataybrothers.com

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