Économie

La stratégie énergétique du Québec LES NOUVEAUX ENJEUX

Au printemps dernier, le gouvernement du Québec dévoilait sa nouvelle stratégie énergétique sur le thème « L’énergie pour construire le Québec de demain ». Par ses objectifs, le document intitulé La Stratégie énergétique du Québec 2006-2015 demeure fidèle aux grands objectifs poursuivis depuis déjà plusieurs décennies. 

 

   La stratégie énergétique du Québec pour les années à venir vise à renforcer la sécurité des approvisionnements en énergie et à utiliser davantage les ressources énergétiques du Québec comme levier de développement économique. Elle accorde également une place importante aux principes du développement durable en favorisant les sources d’énergie renouvelable, en misant sur l’efficacité énergétique et en associant les collectivités locales et les nations autochtones à la mise en valeur des ressources.

            Si les objectifs généraux ne sont guère nouveaux, certaines des orientations retenues proposent des innovations qui témoignent d’une volonté bien arrêtée de progresser vers leur réalisation. C’est particulièrement le cas dans les domaines du développement hydroélectrique et de l’efficacité énergétique.

Le patrimoine hydroélectrique

            L’objectif d'accélérer le développement du patrimoine hydroélectrique est plus facile à énoncer qu’à réaliser. Par leur nature même, les grands projets d’aménagement hydroélectrique exigent beaucoup de temps pour l’ingénierie, les études environnementales, le choix des variantes, et la réalisation des travaux proprement dits.

            À cela s’ajoutent des délais dont la durée est très difficile à prévoir. Les négociations avec les collectivités et les partenaires sont susceptibles de se buter à des obstacles, et le processus d’autorisation des projets, de s’étirer dans le temps.

            Afin de raccourcir les délais de réalisation des projets hydroélectriques, la nouvelle stratégie énergétique propose à Hydro-Québec d’adopter une approche novatrice : l’approche dite « portefeuille ». Ainsi, plutôt que de lancer ses projets à intervalles selon l’évolution des besoins énergétiques, Hydro-Québec est invitée à mettre en œuvre simultanément un ensemble de projets, totalisant 4 500 mégawatts, afin d’assurer la sécurité d’approvisionnement à long terme.

            Cette approche s’apparente en quelque sorte à une hypothèque pré-autorisée. Ainsi, vers 2010, Hydro-Québec pourra disposer d’un portefeuille de projets ayant fait l’objet d’ententes avec les collectivités et communautés et ayant obtenu les autorisations gouvernementales requises. Dès lors, ces projets pourront être entrepris au gré de l’évolution de la demande au Québec et des occasions d’affaires sur les marchés extérieurs. La nouvelle approche permettra de gagner environ cinq années sur l’échéancier entre la décision de construire et la mise en service des installations.

            Il est à prévoir que l’approche « portefeuille » aura un autre effet positif indirect sur les calendriers de réalisation des projets. En effet, cette approche permet de dissocier la justification d’un projet de son autorisation. La décision de construire n’étant pas encore prise au moment des consultations et des audiences publiques, l’on évitera ainsi des discussions interminables autour des prévisions de la demande et de la possible réduction de celle-ci au moyen d’économies d’énergie.

 

            Au cours des vingt dernières années, la justification de chacun des projets d’aménagement hydroélectrique a été systématiquement mise en doute par différents groupes de pression, ce qui a largement contribué au ralentissement de la mise en valeur des ressources. En jugeant les projets au mérite, en fonction de leur impact sur l’environnement et de l’accueil qui leur est réservé par les communautés, Hydro-Québec pourra gagner un temps précieux et, par la suite, juger de la pertinence et de la viabilité économique des projets avant d’entreprendre les travaux.

            Il s’agit d’un changement de paradigme fondamental quant aux projets hydroélectriques, d’autant plus que la nouvelle stratégie énergétique énonce très clairement la volonté gouvernementale de créer de la richesse par des implantations industrielles et des exportations d’électricité.

Créer de la richesse

            L’énergie hydraulique et l’électricité qui en est tirée enrichissent le Québec depuis plus d’un demi-siècle. Cette ressource a permis aux Québécois de développer une expertise reconnue mondialement dans les domaines de l’hydroélectricité et du transport à haute tension. Elle a contribué à l’implantation au Québec de très grandes industries. Au cours des vingt dernières années, elle a généré des revenus d’exportation qui se chiffrent en milliards de dollars. Elle a fait que le Québec affiche aujourd’hui le meilleur dossier en Amérique du Nord pour ce qui est des émissions de gaz à effet de serre. Elle a permis à Hydro-Québec d’accumuler un avoir net collectif de plus de dix-sept milliards de dollars. Enfin, elle permet toujours aux Québécois d’échapper en partie aux fluctuations du prix des hydrocarbures et de profiter de tarifs d’électricité très avantageux.

            La nouvelle stratégie énergétique vise une contribution encore plus grande de cette ressource à la richesse du Québec. Avec la création du Fonds des générations, une partie des revenus tirés de l’énergie hydraulique sera consacrée à la réduction de la dette du Québec, qui s’établit à près de 120 milliards de dollars.

            Ainsi, Hydro-Québec est désormais soumise aux mêmes droits hydrauliques que les producteurs privés. Ces redevances, qui totalisent annuellement quelque 580 millions de dollars, seront entièrement versées au Fonds des générations. De plus, le Fonds recevra une partie des bénéfices tirés des exportations d’électricité. À cet égard, la stratégie énergétique exige que la société d'État stimule les ventes à l’exportation en entreprenant dès à présent des discussions avec d’éventuels clients et en faisant le point sur la capacité des interconnexions qui permettent les échanges d’électricité avec les réseaux voisins.

            Au chapitre des implantations industrielles, la stratégie recommande une approche prudente tenant compte du coût élevé des nouveaux approvisionnements en énergie. En abaissant de 175 à 50 mégawatts la limite en-deçà de laquelle Hydro-Québec est tenue de répondre à une nouvelle demande d’approvisionnement, le Gouvernement veut s’assurer que les tarifs avantageux accordés aux industries se traduisent par une création suffisante d’emplois et de richesse.

            Cette approche est toutefois contestée par l’Association québécoise des consommateurs industriels d’électricité, qui estime qu’elle pourrait entraîner un déclin des économies régionales.

Utiliser l’énergie efficacement

            La nouvelle stratégie énergétique se distingue aussi par un sérieux coup de barre vers une meilleure performance énergétique. Les orientations proposées visent un objectif de huit fois supérieur aux cibles qui avaient été établies en efficacité énergétique.

            Pour atteindre cet objectif à l’horizon 2015, le gouvernement confie à l’Agence de l’efficacité énergétique le mandat de mettre en œuvre un plan d’ensemble touchant tous les marchés et toutes les formes d’énergie.  Il demande également à Hydro-Québec d’augmenter la cible de son Plan global en efficacité énergétique de 4,1 térawattheures à l’horizon 2010 à 8,0 térawattheures à l’horizon 2015. Pour le gaz naturel, la cible passe de 96,9 millions de mètres cubes en 2008 à 350 millions de mètres cubes en 2015.Par ailleurs, le gouvernement du Québec consacrera un budget annuel de vingt millions de dollars à la mise en œuvre d’un plan d’amélioration de la performance énergétique de l’ensemble des bâtiments publics.

            En matière d’efficacité énergétique, la stratégie innove particulièrement en recommandant la modification de la structure des tarifs d’électricité afin d’encourager les économies d’énergie. En effet, après les résultats très positifs obtenus au cours des dernières années, la mise en œuvre de nouvelles mesures d’efficacité énergétique plus lourdes est souvent peu rentable compte tenu de la structure tarifaire actuelle.

            Tout en maintenant les dispositions concernant le « bloc patrimonial », le gouvernement demande à Hydro-Québec de proposer une structure tarifaire prévoyant un écart de prix plus marqué entre les différents paliers de consommation, ainsi que des tarifs qui varieraient selon la saison et l’heure.

            De telles mesures tarifaires, combinées à des programmes assortis d’incitatifs financiers, auront pour effet de rentabiliser plusieurs technologies d’efficacité énergétique actuellement jugées trop coûteuses. Autre élément nouveau : l’établissement d’une cible en matière d’économie d’énergie dans le secteur des produits pétroliers, soit deux millions de tonnes d’équivalent pétrole, ce qui représente un peu plus de 10 % de la consommation actuelle.

            À cette fin, le gouvernement prévoit notamment favoriser le recours au transport en commun et adopter des normes ou des mesures incitatives visant à encourager l’achat de véhicules moins gourmands.

            Le document La Stratégie énergétique du Québec 2006-2015 aborde aussi les autres aspects de la réalité énergétique québécoise, du développement de l’éolien jusqu’à la mise en valeur des ressources pétrolières et gazières, en passant par l’innovation technologique. Il demeure toutefois que c’est dans l’axe du développement hydroélectrique et de l’efficacité énergétique qu’Hydro Québec paraît avoir la meilleure prise sur les différents facteurs de réussite qui l’amèneront à produire plus d’énergie et inciteront les Québécois à la consommer mieux pour, au final, enrichir le Québec.

Lire davantage sur ces sujets

Partagez cet article




commentaires

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.