Québec

C’est dans le temps du jour de l’an

Êtes-vous du type Bye-Bye ou davantage spécial fin d’année d’Infoman ? Peu importe vos allégeances, il semble de bon conseil d’élargir le périmètre de certaines traditions et sortir du cadre plat de la télévision pour se dégourdir un peu la Saint-Sylvestre. Forces vous offre un bouquet d’idées, un brin chic, un brin choc. Magie du temps des Fêtes, on termine l’année avec deux coups de cœur qui ont marqué cette fin 2015 avec intégrité, sincérité et courage. L’auteure et réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette et l’interprète, pianiste et auteure Florence K nous font l’honneur de leurs mots.

2016 en patins

Qu’on se le dise d’emblée, le Vieux-Port de Montréal rime avec temps des Fêtes et célébrations du Nouvel An. Tout d’abord pour sa patinoire, sa vue imprenable et ce ballet de patineurs louvoyant entre les débutants aux élans incer-tains. Excellente activité pour les amis ou la parentèle en escapade dans la cité aux cent clochers. On peut d’ailleurs y louer des patins. Ouverte tous les jours dès 10 heures, jusqu’à 22 heures durant la période des Fêtes et même jusqu’à 2 heures du matin au passage à 2016. N’y manquent que les gros flocons ouatés.

Gratuit : Cœur de pirate, Bernard Adamus, Dumas et Yann Perreau

« L’hiver n’est jamais froid, il n’y a que des gens qui se vêtissent insuffisamment », affirmait un sage Norvégien en vacances dans le fjord du Saguenay. C’est pourquoi on en profite pour enfiler nos plus chaudes pelures avant de s’enfiler un véritable bouillon de poulet pour l’âme, de goûter la musique et à l’univers de ces artistes qui grimperont sur la scène aménagée quai Jacques-Cartier. Feu d’artifice à minuit, DJ jusqu’à deux heures. C’est gratuit, et parfait pour traverser l’année au milieu de la foule. Le 31 décembre, dès 19 heures.

Grosse veillée au marché bonsecours

Vous optez pour le confort intérieur ? Toujours le 31 décembre, toujours dans le Vieux-Port, de 19 heures à 3 heures du matin, le Marché Bonsecours accueille pour une première année le Bal du Nouvel An RBC, occasion de vivre l’orée de 2016 en mode haut de gamme tout en contribuant à une collecte de fonds pour Centraide. On vend les billets 150 dollars, la formule VIP pour 10 personnes est à 5 000 dollars. On parle ici d’un souper cinq services, de champagne, de terrasses chauffées, de valet, de DJ, de lounge, de vues exceptionnelles et de superlatifs tels « somptueux » et « mémorable ». baldunouvelan.com, Marché Bonsecours, 350, rue Saint-Paul Est.

Course de la Résolution : pieds devant

Ceux qui en 2015 avaient pris la résolution de se mettre en forme pour finalement sombrer dans l’enfer du gluten et de la télécommande auront 24 heures pour affirmer qu’en 2015, le sport fut à l’honneur. La Course annuelle de la Résolution conjugue plusieurs plaisirs : la course, le mont Royal, partager une passion avec des inconnus, dans la joie et l’allégresse. Ce parcours annuel de cinq kilomètres a tout pour ravir. Courir l’hiver ? C’est beaucoup plus simple (et chaud !) qu’on pourrait le croire. Surtout lorsque l’eau se transforme miraculeusement en Goldschläger. Départ le mercredi 30 décembre, 17 h 30, depuis le chalet du mont Royal, sourires et lampe frontale en sus. Inscrip-tion à l’avance (55 dollars).

Mademoiselle Julie au La Tulipe

Cyndi Lauper, Prince, Madonna, Rita Mitsouko, The Cure, Blondie, Michael Jackson, Indochine, Simple Minds, U2. Que dire de plus ? L’occasion sera belle pour faire décoller la peinture des murs du La Tulipe, sous les auspices de MC Hasard et de Mademoiselle Julie. Les billets sont en vente sur Admission, au coût de 25 dollars. Le 31 décembre, dès 22 heures. 4530, avenue Papineau.

Trucs en vrac

La Société des arts technologiques (SAT) est l’une des meilleures -options pour toute personne en quête de sensations fortes et de déci-bels déclencheurs d’acouphènes. Le line up de DJ n’est pas encore -complété au moment d’écrire ces lignes, mais il est connu qu’à la SAT, chaque année est l’occasion de vraiment faire le party, version électronique. Le 31 décem-bre, de tard à tôt, détails sur le site Web. 1201, boul. Saint-Laurent.

À quelques jets de broue de la SAT, le Club Soda présente la 19e édition de La Veillée de l’avant-veille. Musique et danse dans le plus pur esprit Trad, sorte de Soirée canadienne postmoderne (sans la présence du maire), avec les Acadiens Vishtèn, aussi Le Vent du Nord (récent Félix) et, dès 22 h 30, danse et violoneux avec les Nagano du câll, du quadrille et du swingage de compagnie, les drilles Mathieu Galant et Jean-François Berthiaume. Le 30 décembre, dès 20 h 30. 1225, boul. Saint-Laurent.

Au coin du feu

On triche, mais il faut bien récupérer. On connaît et on aime les sites ICI Tou.tv ou encore la Fabrique culturelle (Télé-Québec). L’ONF est un véritable trésor de contenus accessibles sur téléphone, tablette ou télé. Documentaires d’ici et d’ailleurs, courts-métrages, fictions, animation ou films expérimentaux, on aime la sélection, les sujets, la possibilité de télécharger gratuitement cer-tains titres, la simplicité du moteur de recherche. Parfait pour visionner L’âge de la machine, brillant court-métrage de Gilles Carle qui met notamment en vedette Willie Lamothe et un jeune Gabriel Arcand. On peut télécharger gratuitement, pratique en avion. Via ICI Tou.tv, on en profite pour regarder en rafale la suite de Série noire avec son scénario halluciné et le cerveau pané de Marc Arcand.

Anaïs Barbeau-Lavalette

« Mon père était Français. Venu s’installer au Québec, à des kilomètres de son Paris natal, alors que ma mère était enceinte de moi. Ils ont choisi de me voir pousser ici. Lui, derrière, a laissé son travail, ses amis, sa famille. Il m’a un jour dit qu’il a commencé à s’enraciner ici au moment où il a eu sa terre. Quelques acres entre deux montagnes, dans les Cantons-de-l’Est. Notre maison de campagne : la maison rouge. Là où un Premier de l’an, la nuit, notre petit cortège de trentenaires a foulé le chemin de terre vers la fête champêtre. Nos enfants fatigués accrochés aux pattes, d’autres tout en rondeur dans le ventre.

Petit cortège de nouveaux parents, quelques bouteilles de bulles dans les poches, paradant lentement sous la neige douce du Nouvel An vers la maison rouge de mes parents. En y arrivant, au loin dans le champ : un immense feu de camp. Et dans la maison réchauffée, des corps, dansants. Un peu plus loin, entre deux sapins, une lampe éclairait une table de ping-pong où deux corps agiles s’envoyaient des balles. Se glissant entre les flocons, la musique d’Haendel. En traversant ce tableau-là, je me suis trouvée chanceuse. Chanceuse que mon père ait aimé sa terre avec autant de grâce et de poésie. Chanceuse qu’elle le lui rende si bien. Mon père est Québécois. »

En riant, une amie affirmait récemment en vouloir à Anaïs Barbeau-Lavalette : « Elle est exceptionnelle et fait des choses extraordinaires, en plus d’être belle et d’être la blonde d’Émile Proulx-Cloutier ». On pourrait ajouter que ces petites jalousies à l’égard de la réalisatrice, documentariste et romancière se consolident devant le calme, la lucidité et l’humilité d’ABL, qui lançait à l’automne le remarquable La femme qui fuit, histoire personnelle et autobiogra-phique, témoignage d’absence, d’abandon, d’une non-relation, peut-être témoignage d’un Québec certes en évolu-tion depuis le mythique et souvent mal connu, mal cité et mal compris Refus global, mais toujours en zone de tur-bulences. Une absence si grande qu’elle semble se surprendre de l’union durable de ses parents, de leur enracine-ment. Mille projets sur le feu, elle et son complice préparent pour mai l’intrigante proposition Pôle Sud, documen-taire théâtral qui nous plonge dans l’exploration du quartier Centre-Sud.

Florence K

« Toute ma vie, j’ai souffert du syndrome du FOMO (fear of missing out), soit la peur de manquer quelque chose, par rapport au jour de l’An. Mon passage d’une année à l’autre devait toujours correspondre à la meilleure fête, au meilleur moment, à la meilleure nuit… au risque d’être immensément déçue si ma soirée n’était pas « parfaite ». Ce syndrome a complètement disparu de ma vie lorsque, le 31 décembre 2011, ayant été hospitalisée pour un épisode dépressif majeur (EDM) et que, l’hôpital étant bondé, j’ai dû passer la semaine à vivre et à dormir dans le couloir de l’urgence. Je n’avais pas dit à ma gérante, Anne, que j’avais été internée, mais elle avait fini par le savoir. Une heure avant que 2012 ne se pointe le bout du nez, je l’ai vue arriver en trombe. Elle s’est approchée de moi, m’a pris la main avec douceur, m’a regardé dans les yeux et m’a dit : « Tu sais Florence, la vie, c’est tout ce qu’on a ». Depuis ma guérison, je célèbre le jour de l’An dans une grande sérénité, car peu importe la soirée, la fête, le party, le mo-ment, la lune est toujours là, chaque nuit, pour me rappeler que sa seule présence dans le ciel signifie que je suis en vie, et que cette vie, elle est beaucoup plus vaste que ce que je n’aurais jamais pu imaginer ! »

Née à Montréal en 1983, Florence K a toujours chanté. Cette année, elle a osé parler. Derrière ce sourire, ce regard, un succès lentement mais sûrement forgé au fil de cinq albums pourtant porteurs de soleil ; après avoir donné la vie, Florence K a traversé le miroir, plongeant là où la perte de repères se transforme parfois en trop vaste trou noir. Sou-tenue dans cette épreuve, solide et sage, elle a pourtant émergé de cette abysse en se faisant la promesse de ne plus y retourner. C’est en partie ce qu’elle nous partage dans Buena Vida, en librairie depuis l’automne, en déboulonnant les tabous, désormais plus sereine, mais consciente de cette fragilité.

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