Économie

L’économie de partage - pour arrondir ses fins de mois

La Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec (CJ-PLQ) a jeté un pavé dans la mare en août dernier. Elle a candidement demandé au gouvernement québé-cois d’ouvrir toute grande la porte aux petits comme aux géants de l’« économie du partage », de Feastly à Uber. « Nous, ce qu’on veut faire, c’est légaliser ça », a affirmé sans détour le président de l’aile jeunesse libérale, Nicolas Perrino.

La Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec (CJ-PLQ) a jeté un pavé dans la mare en août dernier. Elle a candidement demandé au gouvernement québé-cois d’ouvrir toute grande la porte aux petits comme aux géants de l’« économie du partage », de Feastly à Uber. « Nous, ce qu’on veut faire, c’est légaliser ça », a affirmé sans détour le président de l’aile jeunesse libérale, Nicolas Perrino. Il pointe les applications mobiles permettant de louer un appartement à un autre particulier (Airbnb), d’être conduit par un autre automobiliste (UberX, Lyft, Side Car), de savourer un repas cuisiné par un voisin (Feastly) ou encore d’acheter des vêtements usagés (Vinted), habituellement contre rétribution. « L’économie du partage, c’est aussi offrir la perceuse que tu possèdes, mais que tu n’utilises pas. Dans le temps de nos grands-parents, c’est comme ça que ça fonctionnait », souligne Nicolas Perrino. Désormais, l’économie du partage permet à des milliers de Québécois de « rencontrer des gens », en plus d’« arrondir leurs fins de mois », a-t-il poursuivi.

Face au difficile accès au marché du travail, plusieurs personnes se sont affairées à chercher des clients plutôt que des patrons. Les applications mobiles permettant une mise en relation instantanée des fournisseurs et des prestataires de produits et de services – souvent un actif matériel sous-utilisé (automobile, logement) ou un actif immatériel (compétences) – ont grandement facilité leur recherche.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, n’a pas rabroué l’aile jeunesse de sa formation politique. Au contraire. Le gouvernement libéral s’est attelé à remodeler le cadre législatif et réglementaire de la location d’un appartement par un particulier, permettant aux utilisateurs d’Airbnb – et toutes autres applications mobiles semblables – de louer sur une courte durée leur propriété. Il y est parvenu sans encombre. Il s’est toutefois rendu compte que de légaliser Uber – une société intermédiaire entre des « partenaires-chauffeurs » et des clients – serait une tout autre paire de manches.

En effet, l’industrie du taxi a accueilli avec une volée de bois vert l’arrivée des chauffeurs d’UberX sur les routes québécoises. Elle les a accusés de lui livrer une concurrence déloyale, notamment en faisant fi des règles de base (permis de propriétaire de taxi, permis de conduire de catégorie 4C, inspection mécanique du véhicule deux fois par an, etc.) et en éludant du fisc des revenus tirés de certains services au moyen d’une structure complexe de filiales établies aux Pays-Bas et aux Bermudes.

Solidaire, la députée péquiste Martine Ouellet exhortait le gouvernement libéral à appliquer sans ménagement la Loi concernant les services de transport par taxi « avant que ça dégénère ». « Si on veut rediscuter des règles du jeu, on peut le faire, mais en attendant, il faut qu’on arrête l’hémorragie [touchant] les revenus des chauffeurs de taxi », a-t-elle soutenu.

Le gouvernement libéral s’est résolu à élaborer un cadre législatif et réglementaire « égal et équitable » pour l’ensemble des acteurs de l’industrie du taxi, persuadé que l’« ubérisation » du secteur du taxi est incontournable. «La loi n’a pas suivi l’évolution technologique ; un tel cadre juridique existe depuis longtemps. Ici, il ne sera pas seulement question d’Uber. Uber pourrait s’en aller le mois prochain. Mais, trois, quatre, cinq nouvelles applications pourraient apparaître », a fait valoir Philippe Couillard, reprochant poliment à l’industrie du taxi d’avoir tardé à embrasser les nouvelles technologies. « Si vous offrez ce que veut le client, vous réussirez dans les affaires », a-t-il conclu.

Au moment où nous mettions sous presse, le ministre des Transports, Jacques Daoust, réfléchissait sérieusement à l’idée de racheter quelques-uns des quelque 500 permis de taxi mis en vente chaque année afin de les louer pour une durée de un an à des chauffeurs d’UberX, notamment. « UberX aura le droit de louer des permis, quand ceux-ci seront disponibles, puis de les utiliser. Nous ne pourrons plus dire aux gens qu’ils n’ont pas besoin de permis, qu’ils ne doivent pas prélever de TPS et de TVQ » , a-t-il déclaré au terme de consultations publiques sur le transport rémunéré de personnes par automobile tenues à l’Assemblée nationale.

L’industrie du taxi n’est pas la seule à être secouée par la « révolution » de la présumée « économie du partage », a fait remarquer Jacques Daoust. « Actuellement, on voit apparaître une espèce d’Uber de la cuisine : quelqu’un peut venir faire le souper chez vous... » Face à l’« ubérisation » de l’économie québécoise, l’État devra vraisemblablement se doter d’une stratégie gouvernementale, estime l’ex-président d’Investissement Québec.

D’ailleurs, Uber voit grand. Après le transport de personnes, la société californienne s’attaque à la livraison de repas et d’objets de toutes sortes. Au moyen des applications UberEats et UberRush, les New-Yorkais peu-vent se faire livrer un repas tout chaud en moins de dix minutes, ou encore un objet le jour même. L’entreprise nourrit l’ambition de s’imposer en tant que joueur de premier plan dans l’écosystème des distributeurs grâce à ses quelque 200 000 « partenaires-chauffeurs » aux États-Unis, soit deux fois plus que le géant postal UPS. « Dans un monde où la technologie vous permet de commander en cinq minutes une voiture pour faire un trajet, imaginez tous les autres biens et services que l’on pourrait obtenir rapidement et sûrement à l’aide d’une seule touche », promettait le fondateur d’Uber, Travis Kalanick, à l’occasion du cinquième anniversaire de sa start-up, en juin 2015. L’« ubérisation » est en marche.

335 G$

Selon la firme PricewaterhouseCoopers, les cinq secteurs clés de l’économie du partage (hébergement, transport, finance, main-d’œuvre, musique et vidéo) engendreront des revenus de quelque 335 milliards de dollars en 2025 à l’échelle mondiale, comparativement à 15 milliards de dollars actuellement.

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