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Le Québec à l'Heure des Choix Stratégiques

Les mots « économie » et « écologie » ont la même racine grecque : la maison. Une référence au chez-soi, aussi bien familial que planétaire. On sait qu’il faut gérer les deux avec sagesse, car ils sont au cœur de l’existence, aujourd’hui et pour l’avenir.

Les mots « économie » et « écologie » ont la même racine grecque : la maison. Une référence au chez-soi, aussi bien familial que planétaire. On sait qu’il faut gérer les deux avec sagesse, car ils sont au cœur de l’existence, aujourd’hui et pour l’avenir.
Il y a moins d’un demi-siècle, alors que la préoccupation économique était depuis longtemps au centre de la vie des nations, le mot « écologie » était à peine connu, et ce qu’il désigne n’avait pratiquement aucun intérêt pour la majeure partie de l’humanité. La terre lui appartenait, et on pouvait compter sur elle pour soutenir éternellement toutes les activités humaines. L’activité économique en particulier, celle qui fondamentalement nourrit, loge, habille et transporte les terriens, serait alimentée éternellement par les ressources de la planète. Ces besoins simples ont d’ailleurs été satisfaits pendant des millénaires sans que quiconque ne songe même à craindre l’avenir et encore moins à sonner quelque alarme. Nous avions de tout en abondance et pour toujours. Qui eut pu croire que l’eau ou l’air pur risqueraient de faire défaut un jour ? Ou que la terre serait mise en péril par le réchauffement climatique ?
En peu de temps le monde a basculé face à ces enjeux cruciaux. Un point tournant fut le rapport Bruntland, déposé à l’ONU en 1987 et intitulé « Notre avenir à tous ». Le terrain avait été soigneusement préparé par quelques visionnaires courageux, peu écoutés et parfois méprisés : « des enverdeurs » comme certains les ont désignés ! Parmi ces devanciers à qui nous devons beaucoup, voire notre salut ultime, se trouvait d’ailleurs un grand savant québécois, le regretté Pierre Dansereau, un de nos premiers écologistes, à la fois profond et rationnel.
Le paysage est bien différent aujourd’hui. Les contributions scientifiques de plus en plus nombreuses, rigoureuses et crédibles, l’hyperactivité des Verts, les discussions autour du protocole de Kyoto, sans oublier la notable contribution d’Al Gore, font qu’il n’y a plus aujourd’hui qu’un petit nombre de négationnistes têtus qui refusent de croire qu’il est urgent de réconcilier économie et écologie comme l’exigent leurs racines. Sonner sérieusement l’alarme n’est plus de l’alarmisme, mais du réalisme, et nier les menaces planétaires est devenu irresponsable de la part des individus comme des États.

UNE BONNE NOTE

Certes loin de la perfection, notre Québec s’en tire tout de même assez bien. D’abord à cause de ce don du ciel que constituent nos 40 000 mégawatts hydrauliques, soyons honnêtes, mais aussi, soyons justes, en raison de l’activisme positif de plusieurs écologistes lucides. En tout respect, cette qualité n’est pas toujours une caractéristique de ceux qui, par exemple, contestent les grands barrages sans réfléchir à des solutions de remplacement comme le dicte le devoir. Ceux qui, en toute bonne foi, défendent les rivières devraient s’indigner de la façon de produire de l’énergie de l’Ontario et d’autres régions dépourvues de cette richesse hydraulique. Le charbon ontarien nous pollue ; il vaudrait mieux que notre voisin nous achète notre énergie hydraulique.
En ce qui concerne les petites centrales, c’est une autre affaire. J’avais vu venir le coup et les avais bannies quand le pouvoir de le faire était entre mes mains. J’ai également bloqué le projet de la centrale au gaz du Suroît déjà annoncé. Et pourquoi ? Simplement quand, après la signature de la Paix des Braves, j’ai constaté que la peur de manquer d’électricité n’aurait désormais plus de fondement étant donné la faisabilité de projets tels la Romaine ou d’autres.
D’autres choix cruciaux se profilent maintenant devant nous. Il y a des possibilités sérieuses, certes toujours à vérifier, que le Québec puisse devenir producteur de pétrole et se délester ainsi de 12 milliards de dollars qui plombent notre balance -commerciale. L’idéal de tourner le dos aux hydrocarbures fossiles est extrêmement séduisant bien sûr, voire urgent pour « sauver la planète », mais nul ne croit sérieusement que ce sera pour demain. On voit peu de gens prêts à se débarrasser de leur véhicule conventionnel, malgré une ouverture présente dans les discours. C’est cependant ce que j’ai fait moi-même avec beaucoup de fierté, en acquérant un véhicule électrique. Je suis aussi passé à la géothermie. Non seulement j’écoute avec respect les prêcheurs qui font œuvre utile, mais je passe aussi à l’action.

DES DÉCISIONS DIFFICILES

Anticosti, Gaspé, Old Harry et les Basses-Terres nous condamnent à prendre des décisions difficiles de conciliation entre développement et durabilité. Plusieurs pays honorables comme la Norvège et la Grande-Bretagne parviennent à être producteurs de pétrole en demeurant honorables. C’est cette route que le Québec doit envisager, en attendant le grand soir de la fin des moteurs à combustion interne. Pour son plus grand malheur, le Canada n’a pas emprunté cette voie. On le comprend, l’appât du gain n’est pas une mince tentation, et les milliards de dollars mis en jeu par les sables bitumineux étaient difficiles à refuser. Le prix à payer, par ailleurs, dépasse peut-être déjà les bénéfices financiers, même si ceux-ci sont énormes.
Du temps de Lester Pearson, l’image internationale du Canada faisait l’envie de tous. Aujourd’hui, ce même pays n’a pas su se faire réélire au Conseil de sécurité de l’ONU. Il a été battu par le Portugal, qui n’est pourtant pas au sommet de sa forme. Ces sables moins que propres ont proprement dégouté les opinions publiques mondiales, et le Canada est désormais souvent qualifié de « pays voyou » dans des publications respectables. Son attitude face à Kyoto n’y est pas étrangère non plus.

LES ESPOIRS DE WARREN BUFFETT

Les pays de l’Union européenne n’aiment pas non plus ce produit suspect. Le président des États-Unis ne vante pas, c’est le moins que l’on puisse dire, cette substance qui semble ne faire le bonheur que des Albertains et donner des espoirs spéculatifs à Warren Buffett, ce qui ne compensera en rien l’abyssal déficit écologique.
Pour ces raisons, avant d’accepter l’inversion d’un long tube qui amènerait chez nous ce produit très controversé par un grand nombre de nations, il faut faire soumettre la question à un examen approfondi. La ligne Borden a pratiquement tué le raffinage de l’Est de Montréal. C’était une mauvaise politique pour le Québec. Il faut se méfier maintenant des torts que pourrait nous causer un produit dont non seulement les retombées économiques se révèlent anémiques, mais qui nuirait à notre bilan et à notre image écologique, un coût élevé pour quelques centaines d’emplois. Il faut donc réfléchir avant de prendre toute décision.

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