Québec
Économie

Les Alumineries du Québec en Péril

Le Québec est encore, pour le moment, l’un des premiers producteurs d’aluminium du monde. Cet « or gris » vient s’ajouter à nos autres « ors » – c’est d’ailleurs à « l’or bleu » que nous devons l’immense richesse qu’il nous a permis de créer.

L’essentiel du prix d’un lingot d’aluminium n’est pas lié à la bauxite, que nous importons d’Afrique, mais à la valeur phénoménale que nous lui ajoutons grâce au courant électrique qu’exige la fusion à haute température, au cœur du procédé de fabrication des lingots.

Le Québec est encore, pour le moment, l’un des premiers producteurs d’aluminium du monde. Cet « or gris » vient s’ajouter à nos autres « ors » – c’est d’ailleurs à « l’or bleu » que nous devons l’immense richesse qu’il nous a permis de créer.

L’essentiel du prix d’un lingot d’aluminium n’est pas lié à la bauxite, que nous importons d’Afrique, mais à la valeur phénoménale que nous lui ajoutons grâce au courant électrique qu’exige la fusion à haute température, au cœur du procédé de fabrication des lingots.

Notre classement mondial est largement imputable aux 40 000 mégawatts d’hydroélectricité essentiellement produits par notre grande société d’État, qui possède presque toute cette prodigieuse ressource mis à part quelques exceptions que le grand René Lévesque avait concédées aux alumineries privées – d’ailleurs, il n’est pas certain qu’il le referait aujourd’hui…

Dès lors que cet extraordinaire métal s’est imposé à l’économie mondiale et s’est taillé la part du lion dans la métallurgie, phénomène accéléré par la demande militaire, notre économie en a largement profité. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le Québec s’est affirmé comme grand producteur, et de manière croissante. Née en 1926, la charmante ville d’Arvida, du nom d’un magnat de l’aluminium, Arthur Vining Davis, a su se préparer à l’imminente explosion de la demande et jouer habilement ses cartes pour en tirer parti d’une manière éclatante.

Plusieurs régions et villes du Québec ont ensuite prospéré grâce à ce prodigieux héritage : Saguenay–Lac-Saint-Jean, Mauricie, Centre du Québec, Côte-Nord. Notre économie est puissamment servie par près d’une dizaine d’alumineries importantes.

Malheureusement, ces régions favorisées jusqu’à ce jour connaissent depuis quelque temps un retournement de situation. Une série d’annonces de fermetures catastrophiques sèment une angoisse justifiée dans les villes et les régions. Si un tel désastre se produisait, cela ferait perdre au Québec d’énormes gains économiques et sociaux vaillamment réalisés au cours du dernier demi-siècle.

Cela ne doit pas se produire - et cela ne se produira pas, à entendre notre ministre des Finances, dont les propos responsables montrent qu’il comprend bien la gravité du phénomène et qu’il fera tout pour -l’empêcher. Pour ma part, je suis confiant que lui et les dirigeants des entreprises productrices d’aluminium sauront mener le dialogue fécond qui s’impose.

Pour bien contrer la catastrophe potentielle, il faut soigneusement en étudier la cause, la décoder de façon rationnelle à l’écart de toute démagogie antipatronale, antisyndicale ou antigouvernementale qui accompagne souvent ce type d’analyse.

Toutes les parties concernées doivent, de façon réfléchie, contribuer à prévenir une véritable tragédie nationale. Ce n’est pas avec un populisme simpliste que l’on doit aborder le rejet évoqué des contrats à risques partagés pour passer au tarif « L »1 et au-delà, mais avec une approche raisonnée et pertinente. Les tarifs sont au cœur du problème : les entreprises semblent l’avoir compris de façon raisonnée et pertinente ; tout le monde doit maintenant en faire autant. Une information transparente et complète est la condition préalable à une solution réaliste, qui devrait être consensuelle.

Nos coûts d’électricité ne sont pas, comme le veulent certaines légendes urbaines, les plus bas du monde. Notre système de production d’électricité est certes le plus propre du monde, mais il ne nous est pas donné gratuitement. On parle d’une moyenne de 4,3 cents le kilowatt heure comparativement à 2,1 au pays de Rusal, notre grand concurrent d’Europe de l’Est. Le géant chinois est également entré dans la bataille concurrentielle, qui continue à s’intensifier.

Il serait socialement et économiquement absurde et impensable de plonger dans le désarroi cette composante vitale de notre pnb et de perdre ainsi les 10 000 emplois qu’elle engendre. Notre gouvernement, propriétaire à cent pour cent d’Hydro-Québec, n’aurait rien à gagner d’une hausse de quelques dividendes qui ne saurait en aucun cas compenser les énormes dommages que causerait la ponction tarifaire supplémentaire évoquée. Les contrats à partage de risques soigneusement conçus il y a quelques années et qui ont fait leurs preuves dans le passé constituent également la voie de l’avenir.

Il faut qu’au plus vite notre gouvernement rassure tous les intervenants et veille à maintenir un espace économique attrayant, d’autant plus dans un secteur que nous avons dominé si longtemps grâce à une intelligente coopération stratégique avec tous les intéressés.

J’ai eu le bonheur d’attirer au Québec de nouveaux investisseurs dans ce secteur et de planifier des expansions avec ceux qui étaient déjà présents, et cela, sans complaisance. J’avais coutume de dire aux entreprises avec lesquelles je discutais que j’aimais maintenir entre elles et notre gouvernement une « tension créatrice ». Une quantité importante de richesse fut ainsi créée, et c’est une telle attitude qui doit prévaloir dans un avenir proche, voire immédiat. Il faut continuer à annoncer des investissements primaires et secondaires, et non l’inverse dans ce secteur où nous avons tant excellé.

L’avenir de « l’or gris » a le potentiel d’être brillant. La légèreté de ce métal en fait une composante incontournable des économies d’énergie et de l’électrification des transports terrestres. Même l’aérien vise à être moins vorace en hydrocarbures en diminuant son poids. L’aluminium fait déjà partie de l’équation et constitue une évidente voie d’avenir.

Mais ce n’est pas tout. Nous devons aussi promouvoir l’aluminium propre du Québec auprès de tous les « verts » du monde, qui sont nos alliés objectifs incontournables. Il faut proclamer qu’un lingot d’aluminium qui vient du Québec n’est pas fabriqué à l’aide de charbon ou d’une autre matière hyper polluante. Les Allemands et bien d’autres devraient être nos ambassadeurs en matière d’« aluécologie » ; David Suzuki devrait promouvoir notre produit autour du monde et mobiliser Greenpeace. Le cofondateur et porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault, que j’ai croisé récemment, m’a même dit être en faveur de cette stratégie.

Ainsi il se peut que l’horizon ne soit pas gris, mais bleu comme un beau ciel d’hiver, pour toutes les régions productrices et pour l’ensemble de l’économie du Québec.

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