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Énergie

Anticosti: le règne de la beauté

Dominic Champagne a réalisé récemment un court métrage qui fait ressortir l’extraordinaire beauté de l’île d’Anticosti. Il aurait pu lui donner, comme Denys Arcand à son récent film, mais sous un angle différent, le titre de « Règne de la beauté ». Cette œuvre est digne d’une grande admiration, même si, en tout respect, l’on peut y apporter des nuances.

Dominic Champagne a réalisé récemment un court métrage qui fait ressortir l’extraordinaire beauté de l’île d’Anticosti. Il aurait pu lui donner, comme Denys Arcand à son récent film, mais sous un angle différent, le titre de « Règne de la beauté ». Cette œuvre est digne d’une grande admiration, même si, en tout respect, l’on peut y apporter des nuances. Certes, la motivation majeure de Champagne est davantage écologique qu’esthétique, ce pour quoi il ne doit pas être blâmé, au contraire : les écologistes, que certains Français qualifient avec condescendance d’« enverdeurs », ont rendu d’énormes services à l’humanité. S’il y en avait eu davantage en Russie, au Japon et autour du golfe du Mexique, bien des dégâts nous auraient été épargnés, là comme à bien d’autres endroits.

C’est largement grâce à leur militantisme qu’aujourd’hui, le négativisme face aux périls environnementaux a pratiquement disparu. Nul ne peut désormais nier que l’activité humaine contribue au réchauffement de la planète. Al Gore et bien d’autres, dont la nasa – on est loin de Greenpeace ! – lancent un appel unanime qui s’est amplifié depuis quelques mois : l’humanité est en danger, et il faut agir dans les meilleurs délais. Un concert de voix unanimes s’élève et se raffermit. David Suzuki et Steven Guilbeault ne sont plus considérés comme des marginaux : ils parlent pour l’humanité. Pierre Dansereau est devenu une icône.

Il me semble que tout être humain normal et, surtout, convenablement informé devrait militer pour une civilisation qui ne soit pas orientée vers sa propre destruction !

Les gaz à effet de serre sont bel et bien le déclencheur principal de la hausse de la température globale, dont les conséquences, que l’on ressent déjà de diverses manières, pourraient conduire, dans l’hypothèse la plus sombre, à la fin de la vie sur terre après un enchaînement de catastrophes qui se profilent à l’horizon. Il est clair que l’utilisation massive d’hydrocarbures fossiles – charbon, pétrole et gaz – est au cœur du problème, et sa réduction, le fondement de la solution. Malheureusement, l’électrification relève encore, dans bien des pays, du pétrole ou du charbon. Ce n’est heureusement pas le cas au Québec, lequel, pour cette raison, pourrait être un acteur majeur de cette impérative révolution.

Les transports modernes sont les principaux producteurs de gaz carbonique. Cependant, une grande partie des progrès humains en matière de qualité de vie sont liés à des technologies qui ont permis une circulation rapide des personnes et des biens. La culture contemporaine, souvent dans ses aspects les plus positifs, ne serait pas ce qu’elle est sans l’automobile, l’avion, le train, les grands navires. Ainsi, la culture occidentale, qui a progressivement « contaminé » le reste du monde, a érigé en droit fondamental le pouvoir de se déplacer vite et bien au service de tous les aspects de la vie : travail, loisir, commerce, liberté en général. On peut donc dire que le problème est « économico-culturel ».

La première réaction face à un danger aussi évident et substantiel ne peut être que de tourner le dos à ces substances néfastes, et au plus vite. Ce souhait fait aujourd’hui quasi l’unanimité. Une question cruciale s’impose alors : quel délai serait réaliste ?

Or, les débats, voire la discorde résident exclusivement dans les critères d’établissement de délais. Si, dès demain, nous pouvions nous débarrasser de la voiture à essence, une grande partie du problème serait réglée. La technologie de remplacement, bien qu’imparfaite, existe : on voit sur nos routes de plus en plus de voitures électriques ou hybrides, ce qui constitue déjà un progrès – qui demeure malheureusement marginal.

Toutefois, la voiture électrique coûte cher, il n’y a pas de bornes de recharge partout… et surtout, au-delà de cela, l’attachement au mode de vie nord-américain, aujourd’hui largement mondialisé, est culturellement incontournable, dirait-on. Et nous sommes mal placés pour reprocher aux Chinois d’aspirer de plus en plus aux voitures individuelles, alors que, globalement, nous sommes toujours de plus grands pollueurs qu’eux, même s’ils nous rattrapent à grands pas.

Donc, de façon réaliste, au Québec, qui importe annuellement pour 12 milliards de dollars de pétrole brut, il n’est guère possible de passer à zéro en quelques mandats gouvernementaux ! Devant la possibilité sérieuse d’extraire du sous-sol d’Anticosti un considérable capital pour faire face au vieillissement de la population et conserver notre exemplaire solidarité sociale, nous avons le devoir national d’aller au moins explorer ce potentiel afin de prendre une décision sage et éclairée. C’est pourquoi les trois grands partis politiques ont décidé unanimement de tenter, tant que nous serons condamnés à utiliser le pétrole, de l’extraire sur notre territoire plutôt que de le faire venir du Moyen-Orient ou, pire, de presque aussi loin mais bien plus polluant encore, des sables bitumineux de l’Ouest canadien.

Le gouvernement du Québec, quelle que soit sa couleur politique, ne pourra qu’encourager l’exploration, voire l’exploitation de cette richesse, à condition que les méthodes employées soient les plus sécuritaires possibles et assujetties aux normes les plus élevées des pays qui pratiquent déjà cette activité de façon responsable. Ce n’est pas parce qu’un pays est pétrolier qu’il est voyou. Nous pouvons compter sur notre Québec pour garder sa bonne réputation écologique et continuer à promouvoir les transports électriques en vue de pouvoir enfin tourner le dos aux hydrocarbures.

Comme la pollution ignore les frontières, il faudra la coopération de toutes les nations pour atteindre cet objectif vital, au sens propre comme au sens figuré. Et comme le vent dominant vient de l’Ouest, rêvons que le Canada devienne exemplaire rapidement. Hélas ! ce ne semble pas être la tendance actuelle. 

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