Culture

Louis Bernard, L’apaiseur *

Si j’étais libraire, je n’apposerais pas d’auto-collant « Coup de cœur » ou « Choix du libraire » sur ce recueil d’entretiens avec Louis Bernard, sans contredit le plus influent serviteur de l’État québécois moderne, réalisés par l’historien et politologue Michel Sarra-Bournet.

J’inscrirais plutôt « 100 % apaisant ».

Si j’étais libraire, je n’apposerais pas d’auto-collant « Coup de cœur » ou « Choix du libraire » sur ce recueil d’entretiens avec Louis Bernard, sans contredit le plus influent serviteur de l’État québécois moderne, réalisés par l’historien et politologue Michel Sarra-Bournet.

J’inscrirais plutôt « 100 % apaisant ».

En cette époque où la fonction publique a mauvaise presse, les réflexions de Louis Bernard sur la vie politique, la gestion gouvernementale et le Québec rappellent que servir l’État constitue une noble mission, que nos institutions méritent notre fierté et qu’on peut promouvoir le pays du Québec sans avoir recours à un nationalisme ostentatoire.

Il faudrait cloner cet homme, avant qu’il ne nous laisse à nos pensées.

Né dans l’est de Montréal en 1937, Louis Bernard a grandi dans Saint-Henri. Il est un pur produit des collèges classiques, responsables de tant de têtes bien faites, mais que la réforme Parent a sacrifiés sur l’autel du progrès. Il a étudié en droit à l’Université de Montréal avant de terminer ses études en Angleterre, à la London School of Economics, là où Jacques Parizeau a obtenu son doctorat en économie, et à l’université de Londres, où il a reçu un doctorat en droit administratif.

En 1964, il est recruté par Claude Morin, alors sous-ministre aux Affaires fédérales-provinciales, à titre de conseiller juridique.

Au fil des décennies, son intelligence et son intégrité lui vaudront de travailler avec Jean Lesage, Daniel Johnson, Jean-Jacques Bertrand, René Lévesque – dont il a été le premier chef de cabinet –, Jacques Parizeau, Robert Bourassa, Lucien Bouchard et Bernard Landry avant de briguer lui-même, sur un coup de tête, la direction du Parti québécois en 2005, course qui est remportée par André Boisclair.

Où en serait le Parti québécois s’il avait choisi, à ce moment-là, la sagesse plutôt que la jeunesse ?

On ne saurait accuser Louis Bernard de ne connaître que l’univers feutré de la haute fonction publique, car il a aussi travaillé au sein de l’entreprise privée en qualité de vice-président de la Banque Laurentienne, de 1987 à 1998.

Sa pensée politique, résumée en quatre principes au début du livre, s'est forgée à la lecture de La société ouverte du philosophe autrichien Karl Popper, professeur à la London School of Economics, qui a tenu notamment les propos suivants : « Pour améliorer la société, il faut y aller pas à pas » ; « Il vaut mieux faire reculer la misère que chercher à créer le paradis sur terre » ; « Les institutions sont plus importantes que les individus », et « L’objectif de la démocratie est de permettre de changer pacifiquement de dirigeants, et non de permettre au peuple de diriger directement la société ».

Nous sommes loin du fantasme à la mode de la démocratie directe !

Bernard Landry a dit de Louis Bernard qu’il est « un homme qui résiste aux modes [même s’il est un blogueur impénitent, ndlr] et aux enthousiasmes ». Souverainiste convaincu, de cœur et de raison, il préfère néanmoins « garder nos institutions d’origine britannique et le parlementarisme […] plus efficaces ». Il croit aussi que la souveraineté-association demeure une formule d’avenir et que la Loi sur la clarté est tout à fait acceptable.

Enrichies par son expérience aux premières loges de l’Administration du Québec depuis 50 ans, ses réflexions sur la réforme de la fonction publique valent de l’or. Le système actuel, qui repose sur le respect de normes, est désuet, croit-il, et il faut y sub-stituer celui d’une gestion par objectifs.

Et le Parti québécois ? Il devrait « devenir un parti souverainiste, point à la ligne, ni de gauche ni de droite ».

Dans l’œil de Louis Bernard, aucun cynisme. À lire pour retrouver le goût du Québec, que l’on soit souverainiste ou pas.

*Sous l’Ancien Régime, juge de paix chargé d’apaiser les querelles.
Louis Bernard, Entretiens avec Michel Sarra-Bournet, 2015, aux Éditions du Boréal.

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