Québec
Économie

Convectair - Investir au Québec

Les cartons de Convectair sont remplis de projets. L’entreprise est en train de terminer la construction d’un centre de recherche appliquée, dans les locaux de l’entreprise, avec une chambre climatique qui permettra, notamment, d’observer la mécanique des fluides à l’œuvre dans les produits Convectair. Le centre, qui nécessitera l’embauche de chercheurs et d’ingénieurs spécialisés, sera inauguré l’hiver prochain. Innovation, recherche, service à la clientèle sont la clé du succès de l’entreprise franco-québécoise.

Si tous les Québécois doivent chauffer leurs maisons, peu se préoccupent des détails : pourvu que nous ayons chaud l’hiver et que le prix à payer ne soit pas trop élevé, nous sommes preneurs. Ma rencontre avec le président et chef de la direction de Convectair, le Québécois Bernard Pitre, m’a convaincue de l’importance de l’enjeu : c’est le sort de la planète, et pas seulement celui de l’entreprise, qui est dans la balance dès qu’il est question d’énergie.

Comment se fait-il qu’une multinationale du chauffage établie à Paris – le Groupe Muller – se soit taillé une place plus qu’enviable sur les marchés québécois et, à partir d’ici, sur ceux des Amériques, avec des appareils de chauffage électriques parfois dix fois plus chers que les bonnes vieilles plinthes qu’on se procure chez le quincaillier du coin pour le prix de deux trios Big Mac ?

Une grande partie du mérite en revient à Bernard Pitre, PDG hors-norme et verbomoteur aussi intarissable sur la pêche au saumon – « le petit gars au bout du quai toute la journée, c’était moi » – que sur l’entreprise de Sainte-Thérèse et la soixantaine d’employés qu’il y dirige depuis 2011. La qualité et la fiabilité des produits, dont la réputation n’est plus à faire, y sont aussi pour beaucoup, ainsi que, si j’en crois les commentaires dithyrambiques de Bernard Pitre, les employés de Convectair. « J’aime travailler en collégialité », dit-il.

Au fil du temps, « Convectair » est devenu au Québec synonyme de chauffage mural à l’européenne, comme l’est « Frigidaire » pour les… frigos. Des produits sophistiqués qui n’ont rien à voir avec les « cailles » ou les « calorifères » d’antan et qui s’inscrivent dans le concept de « sobriété énergétique » mis de l’avant par l’entreprise.

Pas toujours facile à suivre, Bernard Pitre bouillonne d’idées et d’anecdotes. Comptable de formation, il se décrit comme un « déviant » de la comptabilité et se rappelle avec bonheur Léopold Lauzon, professeur de comptabilité à l’UQAM (« il donnait le cours le plus plate du cursus et savait le rendre passionnant »). On sort d’une rencontre avec lui ragaillardi et confiant : tant que le Québec produira des dirigeants d’entreprise aussi inspirés et inspirants, sa santé écologique, économique et technologique est assurée.

J’ai cherché sur Internet des histoires de clients insatisfaits, des récriminations au sujet de l’entreprise ou de ses produits, en vain. Est-ce possible ?

Cette question a amusé Bernard Pitre, mais ne l’a pas pris au dépourvu. « Ce n’est pas compliqué, dit-il : nous avons un souci constant de service et de qualité. Nous “accompagnons” nos produits pour qu’ils soient “sans souci” ». Écouter le client, comprendre ses besoins, cela peut sembler aller de soi. Quel chef d’entreprise ne s’en vante pas ? « Oui, mais nous, on y croit », dit-il, sourire en coin.

Incroyable mais vrai, les appareils Convectair, bien connus des Québécois, sont conçus et fabriqués en France, avec des modifications québécoises pour mater notre climat. Mais d’où vient Convectair ?

Convectair est née d’une entreprise artisanale de rembobinage de moteurs électriques. En 1960, EDF (Électricité de France) a décidé de faire passer la tension électrique de 110 volts à 220 volts : une occasion en or pour les frères René et Jean-Claude Teurquetil, qui avaient fait de l’entreprise de leur père le groupe Muller. Mais une fois tous les appareils convertis, Muller devait trouver une activité de substitution pour poursuivre sur sa lancée.

1970 : acquisition de Noirot Électroménager, une entreprise française en difficulté. La nouvelle entreprise se spécialise en chauffage électrique, mettant au point la technique de convection : grâce à une meilleure répartition de la chaleur, les appareils deviennent plus performants et plus économiques. En 1978, elle s’engage dans la voie du chauffage par rayonnement en acquérant Campa.

Pour faire son entrée au Québec, l’entreprise s’associe à Nouveler, ancienne filiale d’Hydro-Québec spécialisée dans l’efficacité énergétique, ainsi qu’à trois autres sociétés d’État. Le 27 avril 1982, René Lévesque et Pierre Mauroy, premier ministre français d’alors, signent au Parlement de Québec l’entente qui met Convectair au monde. « On prédisait à l’époque – il y a même eu un livre blanc sur la question énergétique – que le prix du pétrole monterait à deux dollars le litre », raconte Bernard Pitre, saluant la vision des hommes d’État de l’époque et des fondateurs de Convectair, qui ont su tirer parti du climat et de l’abondance hydro-électrique du Québec.

Qui sont les concurrents de Convectair au Québec ?

Quelques entreprises fabriquent des appareils de chauffage similaires, que certains appellent « convecteurs de style européen » ; mais la vraie concurrence est ailleurs. « La vérité, dit Bernard Pitre, c’est que les plinthes électriques, dont la technologie n’a pas évolué depuis 1964 – à part l’arrondissement des angles pour protéger les enfants – dominent toujours le marché. Regardez tous ces condos qui poussent partout, on y installe encore des plinthes, peu efficaces, mais bon marché. Nous devrions tous être des experts du chauffage, croit Bernard Pitre. Les gens pensent que, par temps froid, le froid envahit nos demeures. C’est tout le contraire : c’est la chaleur qui s’échappe de nos maisons. Savez-vous qu’un manteau d’hiver est plus efficace que nos fenêtres pour nous garder au chaud ? »

Comment Convectair a-t-elle acquis sa notoriété au Québec ?

En 1981, au sortir du deuxième choc pétrolier, l’Institut de recherche d’électricité du Québec (IREQ) a établi que l’utilisation des appareils Noirot, même avant leur adaptation technique au Québec, revenait de 20 à 30 % moins chère.

Avant Convectair, les produits Noirot ont obtenu une médaille d’or au concours Innovation du Salon Batimat de Montréal en 1981 et en 1982, plus une mention spéciale du jury. Convectair a poursuivi sur cette voie, cumulant les prix d’excellence.

En 1983, la firme naissante embauche un premier employé et un directeur marketing, invite installateurs et distributeurs à visiter les usines en France et organise au Québec des rencontres d’information pour expliquer pourquoi et comment les appareils Convectair permettent d’économiser argent et énergie.

Aujourd’hui, outre les campagnes de publicité traditionnelles d’automne, Convectair fait du marketing relationnel, notamment des soirées thématiques à l’intention des designers. En effet, l’entreprise, que l’allure raffinée de ses appareils a toujours bien servie, mise sur l’esthétisme et entretient des relations étroites avec le milieu du design d’intérieur. Enfin, Convectair est très présente sur Internet, avec un site transactionnel complet et bien conçu.

« Nous obtenons un score de notoriété assisté de 93 % », dit Bernard Pitre, visiblement fier. Des chiffres dignes de Coca-Cola et de GM, pour une entreprise dont on ne voit pas les produits dans les grandes surfaces !

On n’arrête pas de nous dire que le Québec est en situation de surplus d’électricité. Pourquoi payer plus cher pour économiser ?

« Le problème, ce sont les pointes, quand il faut acheter de l’électricité de nos voisins à gros prix », explique Bernard Pitre, qui fait partie de ceux qui croient que l’électricité n’est pas assez chère au Québec. C’est bien connu, les Québécois sont très gourmands en électricité. « Je crois au principe de l’utilisateur-payeur », dit-il, tout en se défendant de faire de la politique. « Ce n’est pas normal qu’au Québec, le vin coûte plus cher que l’électricité. » Il se désole qu’il n’y ait pas d’acceptabilité sociale pour une tarification modulée selon les périodes de la journée, solution mitoyenne qui a fait ses preuves ailleurs. « Je suis un sauveur de planète. Pour mes descendants », dit celui qui est récemment devenu grand-père. « Que va-t-on leur laisser si on ne fait rien ? » Bernard Pitre y reviendra plusieurs fois pendant notre entretien : sa sincérité ne fait aucun doute.

Des rêves ?

Jamais à court d’idées et d’ambition, le PDG de Convectair espère également qu’un jour, les appareils seront fabriqués de ce côté-ci de l’Atlantique. Ce n’est pas tout : l’entreprise s’est attaquée au marché commercial, en plus de s’activer dans le dossier du stockage d’énergie, même avant Tesla !

À quoi rêve Bernard Pitre, à part de passer du temps avec sa petite-fille, taquiner le saumon et déguster de bons vins ? Sauver la planète, créer des emplois (« j’aimerais que Convectair fasse vivre cent familles, ou même plus ») – et mener à bien le projet Montréal la Confortable (en France, le projet équivalent s’appelle Smart Electric Lyon, of course) mis sur pied avec d’autres entreprises dites « du confort », entre autres ABB et Leviton.

« Les universités nous ont donné un coin de terrain à Outremont, là où certains souhaitaient construire le nouveau CHUM. Nous allons y bâtir une maison de demain, un démonstrateur, avec un indice élevé de confort, le fruit de la recherche de pointe dans plusieurs domaines liés à l’habitation. Le confort, ce n’est pas que le chauffage. C’est aussi l’éclairage, l’air qu’on respire, la sécurité. Je crois au confort intelligent, même si ce mot est galvaudé. En matière de chauffage, il n’y a pas de panacée, mais nous faisons partie de la solution. Je crois que nous avons le meilleur produit. »

Manifestement, vous n’êtes pas le seul, Monsieur Pitre.

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