Elle monte et descend, mais contrairement à la vraie marée, son mouvement n’est pas immuable. Il est conditionné par diverses turbulences qui marquent la vie économique et dont certaines prennent l’ampleur de véritables tsunamis… Quand cela arrive, la tension monte et, quelle que soit la tendance idéologique, on se tourne alors vers l’État régulateur, dont l’action est souvent honnie et dénoncée par temps calme, mais réclamée durant les orages.
Chronique
Le Canada est un pays sans prétention, ce qui est sage lorsque votre voisin est un géant prétentieux qui s’annonce comme « The Greatest Democracy on Earth » ou, encore plus humblement « The Greatest Country in the History of the World ».
Tel qu’annoncé, l’ère des turbulences a été au rendez-vous ; nous sommes maintenant à celle de la reconstruction. Les divers gouvernements nationaux, les banquiers centraux et privés, les agences financières internationales se sont mobilisés comme jamais.
Il fut un temps où l'on disait : « Quand les États-Unis éternuent, l'Ontario tousse, et le Québec a une pneumonie ». Sans aller jusqu'à l'immunité complète, les choses sont aujourd'hui à la fois moins simples et moins angoissantes ; les disparités entre le Québec et l'Ontario n'ont plus la même envergure.
Le montant des pertes annoncées ne cesse de croître, les grandes banques et autres institutions financières de renom sont brutalement touchées, les pires scénarios sont échafaudés : la bulle du crédit facile se dégonfle brutalement.
Comment gouverner à notre époque alors que les gouvernements assument, directement et indirectement, de vastes responsabilités et sont imputables de leurs décisions ainsi que de celles prises en leur nom ?
Dominique Strauss-Kahn fait face à l’un des plus formidables et vertigineux défis qu’ait jamais eu à affronter un fonctionnaire économique international. Il est vital pour l’avenir de milliards de personnes qu’il réussisse.
D’après Francis Fukuyama, dans son célèbre ouvrage La fin de l’histoire, la grande aventure humaine serait une longue marche vers la liberté qui aurait presque atteint ses objectifs. Plusieurs faits lui donnent raison, mais, comme dirait Gambetta, « les temps héroïques sont terminés, l’ère des difficultés commence ». En effet, il semble que nous y soyons.
Les gouvernements de tous les pays, ou presque, cherchent la formule magique, la recette, l’ordonnance qui dynamiserait leur économie. Ils rêvent tous d’un bataillon d’entreprises championnes battant pavillon national sur les marchés étrangers. Ils envient et cherchent à imiter les succès tantôt du Japon ou de l’Allemagne, tantôt de la Suède, de la Finlande ou du Danemark, et, sans se démentir, ceux des États-Unis, étalon d’or de la productivité et de la compétitivité…
Les succès contemporains de Montréal sont impressionnants à plusieurs égards, et son rang habituellement très honorable dans divers classements mondiaux ou continentaux prestigieux a de quoi rendre fier.
L’entreprise appartient à ses actionnaires. Cette affirmation semble affaire de bon sens. « Pas si simple », répondent certains juristes.
Le modèle québécois se caractérise par un délicat équilibre entre les secteurs public, privé, coopératif, associatif et communautaire. Ses adversaires le présentent ironiquement comme « sacro-saint », et ses défenseurs inconditionnels le considèrent sérieusement comme tel. Ces deux approches sont évidemment fausses : ce modèle n’est pas parfait ; il s’est constamment adapté et doit continuer à le faire.

